Menu de la semaine #6

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Toutes les semaines, un choix de 5 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre !

Gruel : Dizraeli & DownLowThe Leroy Merlin Mixtape

Dynamite ! L’excellent emcee Dizraeli délaisse les Small Gods pour  DownLow et voilà une The Leroy Merlin Mixtape bien bonnarde en forme de préquel au Leroy Merlin EP à venir le 10 mars ! Ces deux-là se connaissent bien, ils s’étaient déjà croisés sur le très bon Everyone’s A Winner en 2013 (déjà !) et ici, la recette reste la même : du pur bon boom-bap anglais sans prise de tête avec sa dose de folie ! Le flow élastique et bavard de Dizraeli fait du bien à écouter, imaginatif, hyper-actif et même drôle, le gars de Bristol ne refait pas le monde, mais cette mixtape fout la banane ! C’est du hautement qualitatif, ça rappe à l’instinct, ça rappe bien, c’est gavé de références diverses (et même de la chanson française), on bouge bien la tête en se régalant de chaque pistes avec un sourire benêt surtout que les productions de DownLow sont simples et géniales. Si on rajoute à ça les présences de Nathan Feddo, Chango ou Jakaboski, on n’a plus qu’à attendre avec impatience le 10 mars !

 

Souper Spout’

Soupe au poivre : Tenshun & BonzoSplit Mutilation

Âmes sensibles passées votre chemin, oreilles sensibles passées votre chemin ! Tenshun et Bonzo font dans le glitch-hop masochiste avec une ÉNORME dose de noise aux beats ultra-massifs et saturés qui vont bien et une autre ÉNORME dose de drum’n’bass décadent. Gavé de bruits parasites, Split Mutilation est une déflagration sonore à 100 à l’heure, et moi, ça me ravit ! L’affaire vous lavera des oreilles ou vous les détruira, c’est au choix ! Moi, j’ai embarqué avec un plaisir assez malsain dans les circonvolutions occultes des deux beatmakers qui bizarrement vous donneront envie d’y revenir avec une attraction dangereuse !

Souper Spout’

Potage féminin : Lingua Franca – S/T

Découverte sur le Weekend at Brodie’s de Dope KNife (dont nous parlions un peu là), la rappeuse d’Athens lâche maintenant un premier vrai album solo et le résultat est gagnant ! On est directement hypnotisé par sa voix et son flow plein de confiance, de technique et de complexité verbale, la gonzesse s’est rodé aux battles, ça se sent ! Lingua Franca a un style saccadé frais, charismatique (car parfois chanté), hyper-intéressant et surtout très personnel, et pour ne rien gâcher, cet album éponyme est gavé de beats abstraits discrets mais réussis et surtout d’un esprit boom-bap intelligent et intelligible ! Coup d’essai, coup de chef !

Souper Spout’

Soupe qu’on attendait pas : Nolan The Ninjalo-fi flips.

L’année dernière, Nolan The Ninja avait lâché un He(art) lourdement armé. Le gars maniait le verbe comme si on montait des lunettes de précision sur un bazooka M28, l’emcee de Detroit te visait la tête bien et te l’abîmait bien aussi ! Forcement urbain, on pensait à un Sean Price mixé à la surmultipliée avec un Vinnie Paz dans la fleur de l’age. Ça, c’était l’année dernière, car là, ce même Nolan The Ninja vient de nous fabriquer un bonbon au miel ! Un album fait de remixes et de remodelages de tubes RnB et rap version Golden Age, c’est le grand écart, mais le truc fonctionne admirablement bien avec fraîcheur et invention. lo-fi flips. s’avale tout cru !

Souper Spout’

Potage à la bien comme d’hab’ : Tha God Fahim – Dreams of Medina 2

Le mois dernier, c’était Tha Dark Shogunn Saga Vol. 2 et son coté western samouraï ; cette fois-ci, c’est Dreams of Medina 2 qui va vous régaler ! Les ambiances boom-bap minimales et sobres sont là, mais ici elles sont bien moins sombres qu’à l’accoutumée, et pourtant c’est le gars d’Atlanta qui assure la moitié des productions (avec les excellents Knxwledge et Al Divino). En pièce centrale, on a toujours le flow hargneux et plein de morgue de Tha God Fahim, toujours archi-présent, toujours archi-jouissif !

 

Souper Spout’

Menu de la semaine #5

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Toutes les semaines, un choix de 5 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre !

 

Soupe détox : JonwayneRap Album Two

Après une chouette série de cassettes et un Rap Album One que je place très très haut, le Californien avait lâché Jonwayne is Retired, c’était en 2015, tout était dans le titre, mais à l’époque on n’y croyait pas trop, surtout que la mixtape Here You Go (ici et ) suivit la même année… Et pourtant mélangeant alcool et dépression, Jonwayne était au fond du trou, bien sûr sa musique transpirait un peu tout cela, on le sentait névrosé et manquant de confiance en lui, mais jamais je ne l’aurais cru aussi abîmé au point de tout arrêter… Pourtant c’est ce que l’emcee et producteur fit, deux ans pour remonter la pente, deux ans pour se débarrasser de ses addictions et deux ans pour nous pondre ce Rap Album Two aussi cathartique pour lui que passionnant pour nous ! Car oui, Rap Album Two est grand, et même si Jonwayne ne fait toujours pas dans la démonstration, il rôde une présence tout au long de l’album, il y a ce petit supplément d’âme qui fait les petits chefs d’oeuvre. Entre exorcisme, auto-médication et introspection, Jonwayne fait comme d’habitude la part belle au verbe (le sien et à celui de ses potes, Zeroh en tête) et son flow monocorde et précis atteint des sommets qui sans son beatmaking de génie auraient pu paraître abscons. Faites de ruptures et de modulations, les productions du gars (et de Dibia$e), toujours aussi lancinantes et répétitives, pourrait faire penser à un hip-hop d’esthète, oui, mais le minimalisme du Californien fourmille de détails délicats finement travaillés. Jonwayne parait toujours aussi  peu sûr de lui et de son génie, mais il plane finalement un sentiment de liberté retrouvée sur chaque piste comme si l’américain avait enfin accepté qui il est. De l’auto-dégoût à l’acceptation de soi, il y a un chemin tortueux, Rap Album Two en dessine le plan et Jonwayne en ressort grandi, profondément humain et grandi !

Souper Spout’

Potage expérimental : Pacific Yew(((( ..Lamest Days ))))

Attention, OVNI en provenance du Texas via la  Californie et la Hot Record Société ! Comme si la zone 51 s’était délocalisée du coté de Fort Worth, Pacific Yew va vous faire voyager dans des contrées inexplorées pleines de mystère et d’expérimentations hip-hop de très hautes volées ! En apesanteur tout le long de l’album, on traverse ce (((( ..Lamest Days )))) comme un film qu’on regarderait les yeux fermés… On n’est pas à un paradoxe prés, car finalement ici tout s’entremêle, se mélange et bonifie : lo-fi, transe chamanique, acid jazz, mélancolie, vide, douceur, lenteur, bizarrerie, rêverie, errance, flow dépouillé, up-pitché, phrases sonores, comme si Zeroh et Milo s’étaient donnés rendez-vous autour d’un immense Pacific Yew…Même si l’approche obtuse de (((( ..Lamest Days )))) pourra faire peur à certain, c’est assurément une de mes plus passionnantes découvertes de l’année (comme son nom ne l’indique pas) et quand je vois que le gars en est à sa 17éme sortie, j’ai juste le vertige et c’est exactement la sensation que procure cet incroyable album !

Souper Spout’

Soupe de sang : Klive KravenDeath Comes in The Dawn

Hardcore, horrorcore, Vinnie Paz, Non-Phixion, vous l’avez surement compris on ne va pas faire un concours de blagues avec Klive Kraven, et l’artwork en rajoute même une couche si ça ne suffisait pas ! Les ambiances énigmatiques tranchent parfaitement avec le gros flow bien rentre-dedans du gars du Maryland, le boom-bap y est lourd et sanguinolent, les beats sur-gras et les instrumentations minimalistes, horrifiques, obscures et archi-bonnardes… En gros, on n’est pas là pour rigoler, mais la dinguerie est communicative, c’est parfait comme ça , surtout qu’un bon gros coup de hip-hop frontal, ça fait du bien !

Souper Spout’

Soupe en J’y-fous-tout : FBR & IHeartNoisePresent Library Lunch: A Benefit Compilation For AntiBullying

FilthyBroke Recordings, le « petit » label qui n’en finit pas de m’épater ! Après avoir sorti du Nacho Picasso, du V8, du Gajah & Chrono Triggers ou du Cobby & Litten (pour les trucs les plus récents), FBR lâche là un recueil d’inédits où tout n’est pas hip-hop, effectivement, il y aussi à boire et à manger, effectivement, mais tout transpire l’honnêteté puisqu’ici on a à faire à une compilation caritative pour Ditch the Label. Je vous rassure, y’a quand même du beau monde : Hoot, V8 (encore !) et plein de découvertes comme PRFCT Storm, Walter Gross ou Petridisch. Et puis quand on écrit : « Bullies, in myriad forms, are tearing us apart. Music seems to bring people together. Hence, this compilation.« , ça ne peut que me plaire !

Souper Spout’

Omaha soup : VERZEOOZARU

Autre OVNI, autre voyage, mais cette fois-ci, direction le Nebraska ! VERZE entreprend de déconstruire le hip-hop à grands coups de dingueries faites maison entre gros rap et trap d’un coté plutôt sur la première moitié de l’album et d’un autre coté, nerd-rap et trucs plus expérimentaux et pointus. Ça part un peu dans tous les sens, ça sent la jeunesse et la folie et pourtant le gars sait où il va, en témoignent les trois pistes signées par Ichiban Hashface, juste magiques, mention spéciale pour Mail ! A suivre donc de prés, surtout que si VERZE s’éparpille un peu moins, là ça pourrait être très grand !

Souper Spout’

Menu de la semaine #3

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Toutes les semaines, un choix de 5 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre ! 

Potage de chef : PruvenReach Surroundings

Comme je l’ai attendu cet album ! Depuis 2012 et l’excellent Stamina of Thought, si je n’ai pas ma dose annuelle de Pruven, y’a un truc qui me manque. Forcément, l’emcee du Connecticut ne s’est jamais foutu de ma gueule, jugez du peu : Wordplay Sensei ou Dark Light Tablets, deux albums monumentaux et donc indispensables ! Autant le dire de suite, Reach Surroundings est du même bois, du hip-hop brut aux ambiances sombres, poétiques ou discrètement luxuriantes à la nuance prés que le résultat sonne bien moins lo-fi qu’à l’accoutumée. Ici, Pruven a vu large niveau production, puisqu’à une ou deux exceptions prés, on a un beatmaker différent par piste et pourtant l’homogénéité est bien au rendez-vous ! Surtout que la magie opère toujours grâce au flow incroyable du gars, un flow martial d’une incroyable maîtrise, east-coast, froid et athlétique. Et pourtant, inexplicablement, Pruven reste toujours dans l’ombre du rap game et galère toujours autant avec ses albums ; alors sautez dessus, ou alors lavez-vous les oreilles, je sais pas, car c’est de l’or en barre qu’on a là !

Souper Spout’

Soupe aux cafards : bedwettervolume 1: flick your tongue against your teeth and describe the present.

Après Shawn Kemp, voilà encore un nouveau blase pour Travis Miller aka Lil Ugly Mane, car c’est bien le mystérieux emcee et producteur texan qui se cache derrière bedwetter et cet album au titre à rallonge. Selon moi, on a même là ce que Travis Miller a fait de meilleur ! Complétement dans la voie tracée avec Oblivion Access, c’est à dire un truc entre horrorcore du Sud (à la $uicideboy$ ou Three 6 Mafia), trap et expérimentation bruitiste, mais sans voix up ou down-pitchées (comme sur ses sorties d’avant 2015), le flow du ricain est maintenant presque crié et son passé glitcho-metalleux avec Across nous pète tout d’un coup à la gueule ! On pense à Eyedea ou à ODB avec ce coté fou teinté de dépression, de désespoir, d’idéation suicidaire et de crise existentielle, on y pense fort aussi avec les instrumentations morbides, les samples inquiétants et les pistes instrumentales complétement dingues. Ce bedwetter s’écoute finalement comme un bad trip paranoïaque, il faut y être préparé, mais quel pied !

Souper Spout’

Soupe consciente : ElucidValley Of Grace

Après l’extraordinaire Save Yourself l’année dernière, voici encore un album attendu avec impatience et là aussi, on n’est pas là pour rigoler ! Valley of Grace EP est une suite logique à  Save Yourself et à l’œuvre d’Elucid : c’est sombre, industriel, social, politique, abstrait et beau. Minimal et inventif, dark et oppressant, puissant et ensorcelant, froid et urbain, Elucid navigue constamment sur le fil du rasoir avec d’un côté le chaos et de l’autre l’austérité d’un hip-hop intello. Oui mais voilà, avec la classe du New-Yorkais, on peut tout se permettre ! Elucid lâche donc une nouvelle pépite, peut-être sa plus jazzy et bizarrement aussi sa plus dissonante et passionnante, car Elucid est avant tout un avant-gardiste et définitivement le nouveau maitre à penser à hip-hop new-yorkais ! Self care is a revolutionary act !

Souper Spout’

Soupe du dimanche : zerohKuroST.BLQlordTESLA

2016 fut faste pour l’emcee et producteur californien, mais alors que le niveau de bizarrerie de zeroh a été en crescendo permanent tout au long de l’année dernière (les dingueries 0 Emissions 1, 2, 3, 4 et 5, Tinnitus et Holy Smoke, miam !), KuroST.BLQlordTESLA sonne comme une remise à zéro (jeu de mot !) des compteurs et l’EP est presque une respiration dans la discographie récente de l’angeleno. Fini la cacophonie jouissive, le bruit blanc et le lo-fi drogué, l’affaire s’écoute comme un album du dimanche soir, mais avec la juste dose de classe dont déborde zeroh qui vient d’inventer le smooth expérimental !

Souper Spout’

Soupe sélénite : V8 as Carlos ImperialOne Dog Night

Il nous avait manqué V8 ! Porté disparu en 2016, l’emcee chicagoan revient gonflé à bloc avec ce One Dog Night long format et archi-réussi. Comme toujours, il faut savoir entrer dans l’œuvre de V8, ici l’affaire navigue entre sorcellerie, phases lunaires (au sens astronomique du terme) et rues de Chicago. Le rappeur annonce même qu’il a numéroté les pistes du truc en fonction de son espérance de vie au moment où il grandissait dans la capitale de l’Illinois… Il est donc question de survie en milieu hostile, de sang et de larmes, mais avec la touche V8, c’est à dire ce flow psychotique et possédé qu’on adore. Nourri à grands coups de beats poisseux aux rayons desquels on trouve Morbidly-O-Beats, Noblonski, Kenny Segal ou K-The-I???, One Dog Night est peut-être même le meilleur album du rappeur (Sludge Factorie compris) et assurément une réussite de hip-hop abstrait malsain, déconstruit et novateur !

Souper Spout’

 

Menu de la semaine #2

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Toutes les semaines, un choix de 5 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre ! 

Potage de la 4éme dimension : Uncommon NasaMink Swimming Pools

L’année dernière, Uncommon Nasa avait laissé le micro à Short Fuze et leur Autonomy Music avait mis tout le monde d’accord. En 2017, le rappeur/producteur revient avec Mink Swimming Pools toujours dans des sonorités authentiques du New-York du début des années 2000, Antipop Consortium en tête mais avec un coté plus dynamiquement drum’n’bass façon Bigg Jus par moment ! Le résultat est délicatement rentre-dedans, expérimental et claquesque en même temps, teinté de Twilight Zone et de génie, d’ailleurs quand on voit des featurings avec Billy WoodsSkech185, BMS, ou Short Fuze, on est rarement déçu !

Souper Spout’

Soupe façon bouchère : Boxguts x 2Ugli x Veto Mega – Veto Mega Presents: Boxguts Vs 2Ugli

Boxguts commence l’année comme il avait fini la précédente, c’est à dire très très en forme ! Après 5 albums atomiques et indispensables en 2016 (Trippin Down Melody Lane avec Scvtter Brvin Blunt Forced Trauma avec Yokes, Fossil In The Brothel avec Ebbineeza, STD-Free Androida Hoe 2 avec Beatahoe et Hot Bref Boy Volume 4 : Ignorance Is Dis qui a juste été mon album de l’année !), le New-Yorkais revient  le flow en bandoulière avec 5 pistes de destruction massive ! Ici, Boxguts partage le micro avec 2Ugli et l’EP se transforme en ring hip-hop de rue ! Ça tabasse, ça n’y va pas avec le dos de la cuillère et ça fait du bien surtout que Veto Mega assure des productions aussi massives que les rimes des deux emcees ! Grand !

Souper Spout’

Soupe aux herbes du loup : The Koreatown Oddity & Vex Ruffin – Finna Be Past Tense

The Koreatown Oddity, on l’avait croisé l’année dernière sur l’excellent 5 Chuckles 2 avec Ras G. Mais là, le revoir en solo avec Finna Be Past Tense, j’ai cru revivre l’énorme 200 Tree Rings de 2014 avec sa folie, ses constructions typiquement DIY, ses grands écarts permanents et ses titres spatialement parfaits ! Ici épaulé par Vex Ruffin à la production, l’Angeleno peaufine encore son hip-hop brut et expérimental, toujours doré par une fine couche West Coast underground mais avec un coté politico-mystique qui colle bien à l’écurie Stones Throw. Immense pour qui sait dompter l’homme au masque de loup !

Souper Spout’

Porridge revisité : Paul WhiteEverything You’ve Forgotten

Paul White, ce blase ne vous dit peut-être rien et pourtant le producteur anglais est derrière l’excellent Hella Personal Film Festival d’Open Mike Eagle, derrière la moitié des titres du méchant Atrocity Exhibition de Danny Brown ou derrière Golden Rules avec Eric Biddines ! Rien que ça ! Là on retrouve Paul White en solo pour une beat-tape d’une seule piste de 30 minutes, ça, c’est pour la forme ! Pour le fond, Everything You’ve Forgotten est un voyage magique gavé de samples, de bouts de films, d’up et de down-pitchs, de technique et de folie ! Et la seule chose qu’on peut dire après avoir écouté ça, c’est qu’on n’avait jamais écouté un truc comme ça avant !

Souper Spout’

Soupe en trompe-l’oeil : ZoënLe Nouveau Mexique

One Night Between avait ouvert la voie, Dire Quelque Chose avait montré le chemin, Le Nouveau Mexique touche au but, car avec ce nouvel album, Zoën n’aura bientôt sa place dans nos menus de la semaine tellement le style qu’il a créé s’éloigne maintenant du hip-hop des débuts ! Je dis ça pour la blague car Le Nouveau Mexique est bel et bien excellent, un joli projet sur le voyage, l’exile, le départ plein de tendresse et de bonté et ça fait du bien ! Bien sûr le Tourangeau n’en finit pas d’ajouter de la pop à son alt-rap, mais il a fabriqué quelque chose qui n’est finalement plus ni l’un ni l’autre, une singularité, un paradoxe à la Yoni Wolf. Il dit se situer quelque part entre MC Solaar et Étienne Daho, mais le gars est passé au stade d’après, il a un style et Sirop à la fraise ou Partir un Peu en sont deux magnifiques preuves !

Souper Spout’

 

Menu de la semaine #1

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Toutes les semaines, un choix de 5 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre ! 

S pour Soupe : Vas & Ill ClintonV for Vigoda

C’est comme ça, le truc est sorti le 1er janvier 2017 et ce 1er janvier, j’avais déjà trouvé un de mes albums de l’année 2017 ! Vous allez me dire : « Oui, oui, mais il reste quand même 364 jours ! » et moi je vous répondrais : « Ouais, mais V for Vigoda, c’est un peu comme si un nouveau Tical venait de sortir avec Guy Fawkes et Alan Moore en guest ! », juste ça ! Vas en Method Man et Ill Clinton en RZA ! La filiation est bien là, concernant le beatmaking, on savait le gars d’US Natives doué (Skywalken III et Juniper EP l’année dernière, wahou !), mais là il n’est pas loin du sommet de son art. Des intrus sombres ou bondissantes, théâtrales ou martiales, riches d’une intensité époustouflante, déjà rien qu’avec ça on pourrait être comblé ! Cerise sur le gâteau, il y a le flow de Vas en clone Method Man, un flow unique, un peu ragga, très technique, athlétique et lourd en même temps, bourré de gimmicks barrés, le tout servi avec la voix grave et éraillée de l’emcee. Une voix qui s’est assurément teintée à trop tirer sur les sticks, les bangs et les battles… Un album de rue avec sa dose de crasse mais aussi sa dose de grâce et donc déjà un monument de l’année !

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Soupe verte courgette poireau : Homage (CVG)Gamma

Encore un pitch d’album basé sur de la BD et encore un putain de chouette album ! Ici, c’est au tour du Dr Robert Bruce Banner et de son alter-ego Hulk, et pour compliquer un peu l’affaire, le beatmaker Homage (CVG) a invité 9 emcees et a tronçonné l’histoire en autant de saynètes boom-bap. Le résultat est frais, jazzy, funky et gavé de groove et d’excellents rappeurs, mais en tendant un peu l’oreille, on se rend compte que le travail du producteur de Cincinnati est tout sauf linéaire ! Avec son énorme palette de samples et son style proche d’un RZA festif à un Madlib froid, Homage (CVG) adoucit les angles ou les rend plus saillants suivant l’emcee(e) qu’il a invité, l’affaire est cool et pointue ! Grand !

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Soupe Madlibo-ElPienne : AverInstrumentals. 3

Aver et son crew mancunien The Natural Curriculum nous ont balancé deux bombinettes l’année dernière, d’abord And Now For Something Exactly The Same… puis The Best Fertiliser Is The Gardener’s Shadow, deux trucs où la classe folle des rappeurs sautaient aux oreilles, mais où surtout le travail d’Aver nous pétait à la gueule ! Quelque chose à la Company Flow accéléré et anglais, je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce que le style du beatmaker est expérimental, mystérieux mais simple, dynamique et limpide… Et là avec Instrumentals. 3, Aver nous la fait en solo avec la bonne dose de beats poussiéreux et d’échantillonnages obscurs pour le bidouillage ou lumineux version style Madlib et Shades Of Blue pour le jazz. Au final on a entre les mains la meilleure beat-tape de ce début d’année ! Y’a même des chances pour qu’elle reste en haut un moment ! Gros haut à lui !

Souper Spout’

Potage au tympan : 90 (noventa)Mysophobe

A l’époque où La Soupe de Son était une radio, Putain de Pauvres et Hors d’Oeuvre tournaient en boucle, c’était bien… Depuis la radio s’est tue, mais 90 (noventa) n’a toujours pas fermé sa grande gueule ! De La Haine Et Des Courgettes l’année dernière, Increvable celle d’avant et Mysophobe maintenant, le lyonnais tabasse toujours autant et tape là où ça fait mal à grand coup de flow cathartique, décadent, nihiliste, tour à tour révolté ou désabusé. Ici et comme toujours, 90 (noventa) vide ses tripes industriellement, mais à la différence d’autres LPs, l’emcee y va peut-être encore plus personnellement. Bien sûr Mysophobe sonne comme un brûlot, mais deux/trois pistes sentent bon l’apaisement, J7 et surtout l’excellent On ne Craint Plus Rien en tête. Au final, l’album en devient peut-être le plus singulier du gars et moi j’en redemande !

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Bouillabaisse sauce samouraï : Tha God Fahim – Tha Dark Shogunn Saga Vol. 2

Après un énorme Soul Eater en 2016 et un premier essai de Tha Dark Shogunn Saga, le rappeur d’Atlanta revient encore une fois gonflé à bloc avec une petite tuerie d’album aux ambiances minimales, sombres et sobres où même les petites ritournelles deviennent martiales ou sonnent comme des westerns samouraï. Coté production, c’est la classe internationale, quand on voit écrit Denmark VesseyKnxwledge ou Giallo Point, ça doit maintenant suffire pour cliquer sur play, les boucles se répètent à l’infini avec grâce et asiatisme lo-fi bien thug et on se régale, surtout que comme d’hab’ le flow hargneux de Tha God Fahim occupe tout l’espace !

Souper Spout’

2016 : EPs hip-hop et soupes dans le genre

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12. Tha God Fahim – Soul Eater

L’emcee d’Atlanta revient gonflé à bloc avec une petite tuerie d’EP aux ambiances minimales et sombres où même les petites ritournelles deviennent inquiétantes. Coté production, c’est la classe internationale, les boucles se répètent à l’infini, on pense à Ichiban Hashface (encore lui !) et on se régale, surtout que le flow hargneux de Tha God Fahim occupe tout l’espace !

 

11. The Purist & WestSide Gunn – Roses Are Red… So Is Blood

Cette année, impossible de passer à côté de Westside Gunn, de son Flygod et de ses nombreux projets en binôme avec Conway ou ici avec Tha Purist ! Pourquoi parler de cet EP ? Parce que Tha Purist est un bon, que je ne me suis toujours pas remis de Pyrex Scholar, de plus je trouve que c’est le seul producteur qui arrive à apaiser la voix de gamin criard de Westside Gunn !

 

10. OptimisGFN – The Fresh Prince of Berlin

OptimisGFN nous livre une nouvelle claque imparable ! Quelque chose proche de l’abstract californien, avec un je-ne-sais-quoi de Knxwledge sous amphétamine, un truc solaire et contemplatif mais aussi quelque chose de profondément berlinois et expérimental fait d’EDM de la cave et d’électro-chip répétitif, au final l’album est presque calibré pour le clubbing ! Un truc d’une limpidité complexe et torturée devant laquelle on se prosterne !

 

9. Ill Move Sporadic & Tenchoo – Panic Room 9

Pas de secret : la bonne vielle formule héritée des années 90 à base de beats lancinants et de flows virevoltants fonctionne toujours. Rajoutez à ça le petit accent anglais qui va bien, des refrains accompagnés de chœurs scandés et la lourdeur urbaine : on y est !

 

8. 7 Arm’d Labyrinth – Amaterasuz Orphan EP

Grosse découverte macabre et chargée que 7’Rinth (écoutez Medecine Cabaret  !) et tous les gars qui gravitent autour de lui : Anubis Dohji, Menes The Pharaoh, Sea/Swordz, Sorcery Orchestra (dont on parlera plus bas et dont on parlait là) ! DIY, ultra-lo-fi, drogue, ambiances anxiogènes, flows de dingues, boom-bap des bas-fonds et productions trippantes, voilà pour le programme !

 

7. Blueprint & Aesop Rock – Vigilante Genesis

Productions industrielles, gritty et finalement très Def Jux mais version 2016, le tout sur fond de super-héros et de graffiti, narration parfaite et captivante, Blueprint élève encore son flow depuis Respect The Architect et King No Crown  ! Une suite, vite !

 

6. Willie Evans Jr. – The Crush

Willie Evans Jr. a un truc dans le flow qui fait penser à MF Doom, c’est indéniable et si on rajoute à ça des productions extraordinaires, on a The Crush et c’est la régalade… Le Floridien a frappé fort avec cet EP et sa beat-tape toute fraîche confirme tout le bien que je pensais de lui : un souci de la mélodie et un goût pour l’expérimentation !

 

5. Cryptic One – The World According To…

Le gars Cryptic One fait dans le hip-hop depuis les années 2000 seul ou avec son crew Atoms Fam, ici c’est solo que le producteur/emcee new-yorkais nous livre cet excellent The World According To… Le résultat est simple et court, mais lumineux et singulier, le gars a purifié son hip-hop de tout le superflu pour ne garder que les tripes boom-bap intelligentes, un truc fait d’une conscience politique de vétéran du rap jeu allant des brutalités policières à Trump en passant par le contrôle des armes à feu. Fulgurant et gorgé de classe !

 

4. Ichiban Hashface – Raw Fish EP et Moonshine Dojo

Depuis The Swordsman (qui était juste mon album de l’année en 2014 et qui a malheureusement disparu de Bandcamp), la passion que nous avons ici pour Ichiban Hashface n’est plus un secret. Ses titres lancinants et hypnotiques, ses beats et son flow monotone, froid, presque inarrêtable sont des expériences à vivre, ce dernier Raw Fish EP et Moonshine Dojo ne dérogent pas à la règle ! Ils sont grands, plus dans un sillon jazzy, moins dans le DIY radical, mais toujours aussi grands !

 

 

3. Ostrich Breath – Nightmare on Immortal Elves Weed

Attention, reculez, vous allez vous prendre dans la face une bonne grosse claque de hip-hop glauque, embrumé, glacial et accessoirement foutrement bien foutu ! Kurt Travis et Sorcery Orchestra (dont on parlait là et ça n’est pas fini) sont Ostrich Breath et ils assurent le cachou à grands coups d’ambiances lourdes et malsaines ! Labyrinthique, flippant, malsain, la régalade !

 

2. Genghis Khan – Friday Night Fright

Le Red Lotus Klan, on vous avez dit que c’était du feu cette année et on en reparlera ailleurs mais revenons à notre sujet : Genghis Khan et Scvtter Brvin ! Les deux anciens Masters of The Universe ont commis cet EP court, mais monstrueux, martial et grandiose en forme de suite logique au Night Gallery de 2011. Quatre titres, rien de plus, mais quatre grands titres et surtout une ambiance globale horrifique et expérimentale assez dingue, une sorte de petit  Dr. Octagon avec un Kool Keith macabre et hanté.

 

1. Holy Smoke – S/T

Entre hyper-activité et rien, les parcours des deux puits de créativité que sont Zeroh et Jeremiah Jae se ressemblent et sont finalement anti-symétriques l’un par rapport à l’autre. Quand l’un dort, l’autre grouille de partout ! De 2013 à 2015, Jeremiah Jae avait sorti une dizaine de projets tous plus bonnards les uns que les autres et Zeroh quasi-zéro… Cette année, c’est le contraire avec les énormes O Emissions de l’un (dont on reparlera) et quasi-rien pour l’autre (mais tout est relatif, car on en reparlera ailleurs). Alors voir les deux du Black Jungle Squad sous le même blase dHoly Smoke, mes yeux ont pleuré ! Les deux ensemble, c’est de la pure bonne fois 2, ils nous font voyager bien bien haut à travers les méandres de deux cerveaux génies du hip-hop moderne. La recette est connue mais toujours bigrement efficace, flow monocorde, samples kaléidoscopiques, bricolages lo-fi, hypnose hip-hop, expérimentation et perfection ! IMMENSE !