2016 : rap français et autres soupes dans le genre

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12. Maodea – Anagrams

Avec Anagrams (mais aussi avec le vagabond et excellent Vg+ ), le beatmaker nantais Maodea nous offre un petit recueil d’ambiances délicates et texturées fait d’abstract atmosphérique et onirique. En gros, si tu comptes finir l’année (ou en commencer une nouvelle) en chillant pépère au coin du feu, voilà ton partenaire indispensable !

11. Masque d’Humanité – s/t

Bub Le Zombie, Marcel Polaire et PS à la production sont suisses et avec Journée Standard, je vais finir par penser que c’est par là-bas qu’on pond le meilleur rap francophone actuellement ! Masques d’Humanité, c’est 12 morceaux comme autant de masques différents aux ambiances hyper-variées. Du smooth aux trucs plus hybrides électro ou anxiogènes, les productions sont hyper-classes et les flows par dessus collent nickel aux atmosphères de chaque titre !

10. Monsieur Saï – L’Histoire des Hommes

Dans le sillon de Première Volte Digitale  et de La Guerre ne Fait que Continuer, Monsieur Saï, le Maestro (sans les antennes) de la Sarthe, nous refait un Il était une fois… l’Homme, un épisode de vulgarisation pessimiste de 30 minutes sur une seule piste, un exercice casse-gueule, mais ici c’est archi-réussi. On remet une bûche dans la cheminée et on écoute le gars nous parler de l’homme et de l’absurdité de son évolution faite de meurtre et de manipulation de masse.

9. Alaclair Ensemble – Les Frères Cueilleurs

Longtemps que je n’avais pas kiffé un album du cultissime crew bas-canadien comme ce Les Frères Cueilleurs. D’ailleurs, je ne dirai plus que c’était mieux avant car c’est excellent maintenant et ce truc est même sûrement ce qu’ils ont fait de meilleur ! Bien bien moins dans l’électro-dégueulasse, plus froid, plus verbal, plus dense, moins dans l’excès sonore même si on sent que le truc pourrait déborder parfois, plus dans le verbe et même si je ne pipe pas trois mots au bazar, Alaclair Ensemble arrive à rendre le « français » assez carré et bondissant pour qu’on n’ait plus rien à envier au flow ricain…

8. J.Keuz – Acceptions

J.Keuz, c’est un rap pas toujours facile d’accès, une tendance à briser les codes du « bien écrit » rappologique tout en affirmant une parfaite maîtrise et des textes qui n’hésitent pas à aller piquer là où ça démange. Acceptions est un premier EP solo servi par un beatmaking luxueux qui sert parfaitement son écriture dense et groovy.

7. Monsieur 6000 & Dakota – Forever Lost

Ces deux là se sont bien trouvés ! Le flow de Monsieur 6000 tire vers quelque chose à la Casey avec la vitesse en moins et le spleen en plus, un truc spoken sword poétique parlé-chanté finalement très alt-rap dans la forme où Dakota place avec une classe folle des beats mouvants et des boucles à tiroirs très alt-rap eux aussi. Forever Lost est un album ambitieux et assez symbiotique entre un emcee qui cale des mots d’une réelle beauté et un beatmaker qui cherche la mélancolie onirique sans en faire des caisses !

6. M.o.I (Moi ou Il) & Phalo Pantoja – Vitriol

A des années-lumière du rap français actuel qu’on adore détester, Bruno M.o.I au micro et Seb Phalo Pantoja à la production (on reparlera de son Merciless Beauty avec le ricain Eastkoast) distillent un hip-hop old-school ouvertement Golden Age, un travail pointu et foutrement réussi, un truc qui claque et qui fait bouger la tête, et puis les punchlines de vieux films, le kif !

5. L’Argent de la Drogue – PopMusic

L’Argent de la Drogue, c’est une série de paradoxes… Frais ou bien sale, foutraque ou alors construit, franc-maçon ou illuminati, expérimentation lo-fi, grosse trap ou beats soulful, années 80 ou 90, Perpignan ou le reste du monde, c’est le retour de l’ADLD crew et c’est aussi énorme que L’Amende Honorable  !

4. Le Sept – Amoco Cadiz

La légende hexagonale qu’est Le Sept n’avait rien sorti depuis 2008 et Le Jeu du Pendu avec Lartizan, alors autant dire qu’on attendait tous de pied ferme son retour. Amoco Cadiz est un 8 titres pas plus, mais un concentré de ce que le gars est capable de faire avec son verbe et son flow rugueux et incisif porté ici par des productions archi-bonnardes. Un album lourd, lent, noir et épais comme une nappe de pétrole !

3. Le Makizar – Schéma de Vie

Le Makizar s’est échappé du trio Kalhex, mais ses potes Lex et Parental ne sont pas loin ! Grand bien lui en a pris, car au final, ce premier album solo est une merveille, un truc solaire à la MC Solaar (jeu de mots !), bien cool, jazzy et moderne en même temps, avec des beats à la sauce 90s bien sûr mais revisitée et une belle cohérence musicale et textuelle. Car oui, Le Makizar pratique l’art de la rime intelligente et positive, ce qui fait du bien. Schéma de Vie est un album qui lave l’âme et les oreilles et moi, je n’en demande pas plus à la musique.

2. Dezordr Records & Team Plyers – Du Boucan sur les Braises (Dezordr Session 009)

Vous cherchez toujours les bienfaits de la loi El Khomri, et bien plus la peine de chercher, il n’y en a qu’un seul, c’est cet énorme album ! Né dans la rue et d’un regain général de conscience politique, ce projet associant les gars de Dezordr Records et des Team Plyers est une merveille de flows rageurs, intelligents et philanthropes. Y’a du beau monde sur ce projet (la liste serait trop longue) et sûrement ce que le rap français fait de mieux actuellement surtout que là, le truc est porté par des productions noires, frontales et elles aussi hyper-qualitatives. Du Boucan sur les Braises porte l’espoir d’un monde qui pourrait changer si on se bougeait un peu les fesses et résultat, les 18 pistes sont juste purement piloérectiles à souhait !

1. DLGHT – Avec Plaisir

DLGHT est parisien et il livre là une fascinante immersion dans le beatmaking actuel fait de chill-out jazzy et d’ambiances éthérées de très haute volée avec ici (et c’est son charme) des relents des années 90 en version française. On croisera MC Solaar (encore lui !), Busta Flex, la Fonky Family, Oxmo Puccino, Kery James, Doc Gynéco, des bouts de C’est Arrivé Près de Chez Vous ou de La Haine , tous ces sons sont transformés, comme patinés par le temps, down-pitchés pour certains comme s’ils devenaient des traces d’un passé vénéré, des murmures de notre Golden Age à nous, des échos presque historiques qu’on entend au loin… Deux décennies d’écart entre les deux, le gap est saisissant et c’est ce qui fait la magie d’un album qui est selon moi le meilleur truc français de l’année !

Menu du jour #109

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Tous les jours, un choix de 3 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre !

Soupe au caillou : Monsieur 6000 & Dakota – Forever Lost

Mon gars Dakota nous avait habitué aux tracks électro-hi-hop abstraites plutôt sombres (Mandala) ou même carrément froides et rugueuses (Le Temps Passe et Libertés Nomades avec Monsieur Saï), mais le beatmaker aveyronnais n’oubliait jamais d’ajouter une teneur mélodique (parfois bien cachée) à ses compositions. Les mélodies justement : l’emcee Monsieur 6000, avec ses Correspondances signées avec Oaristys, y allait quant à lui franco dans le miel (ça n’est pas péjoratif dans ma bouche), alors voir ce qu’allait donner la réunion des deux, j’étais curieux ! La compilation Dezordr Records Du Boucan sur Les Braises donnait un premier élément de réponse et Forever Lost clôture l’affaire. Les deux se sont bien trouvés ! Le flow de Monsieur 6000 tire de plus en plus vers quelque chose à la Casey (le timbre de voix, je sais pas) avec la vitesse en moins et le spleen en plus, un truc spoken sword poétique parlé-chanté finalement très alt-rap dans la forme où Dakota place avec une classe folle des beats mouvants et des boucles à tiroirs très alt-rap eux aussi. Forever Lost est un album ambitieux et assez symbiotique entre un emcee qui cale des mots d’une réelle beauté et un beatmaker qui cherche la mélancolie onirique sans en faire des caisses ! Grand !

Souper Spout’

Rassacache : Jwles – Diggin Thru The Mine Vol.1

Après un Du Purusha finalement encore assez proche de l’héritage des anciens (Dirty south et Atlanta en tête), Jwles continue sa mutation débutée avec Négociations Transatlantiques et maintenant totalement assumée sur Diggin Thru The Mine Vol.1. L’emcee français cofondateur du collectif LTR Worldwide vise le cloud rap et la vaporwave, mais à la différence d’autres gars moins talentueux (vous capterez de qui je parle…), Lekeus, Thynk et lui parsèment leurs tracks d’un multiculturalisme assez jouissif fait de références asiatiques homéopathiques, de thug rap autotuné et désabusé assez français dans la forme et d’une horreur du vide bien ricaine même pour un hip-hop aussi minimal. L’équilibre est parfait et le gars a trouvé un style !

Souper Spout’

Puchero : Third Root – Libertad

Allier le fond et la forme, voilà le pari réussit par les trois Third Root qui deux ans après leur Revolutionary Theme Music vont encore plus loin dans l’activisme politique et le hip-hop tirant vers le cool ! Via Libertad, EasyLee, StepGrandfather et DJ Chicken George tente un trait d’union entre les communautés noire et latino de San Antonio, ils y arrivent grâce aux excellentes productions d’Adrian Quesada teintées de psychédélisme afro-latino ou funky-chicano et surtout grâce à deux flows puissants et à de véritables appels à se bouger le cul !

Souper Spout’