2016 : EPs hip-hop et soupes dans le genre

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12. Tha God Fahim – Soul Eater

L’emcee d’Atlanta revient gonflé à bloc avec une petite tuerie d’EP aux ambiances minimales et sombres où même les petites ritournelles deviennent inquiétantes. Coté production, c’est la classe internationale, les boucles se répètent à l’infini, on pense à Ichiban Hashface (encore lui !) et on se régale, surtout que le flow hargneux de Tha God Fahim occupe tout l’espace !

 

11. The Purist & WestSide Gunn – Roses Are Red… So Is Blood

Cette année, impossible de passer à côté de Westside Gunn, de son Flygod et de ses nombreux projets en binôme avec Conway ou ici avec Tha Purist ! Pourquoi parler de cet EP ? Parce que Tha Purist est un bon, que je ne me suis toujours pas remis de Pyrex Scholar, de plus je trouve que c’est le seul producteur qui arrive à apaiser la voix de gamin criard de Westside Gunn !

 

10. OptimisGFN – The Fresh Prince of Berlin

OptimisGFN nous livre une nouvelle claque imparable ! Quelque chose proche de l’abstract californien, avec un je-ne-sais-quoi de Knxwledge sous amphétamine, un truc solaire et contemplatif mais aussi quelque chose de profondément berlinois et expérimental fait d’EDM de la cave et d’électro-chip répétitif, au final l’album est presque calibré pour le clubbing ! Un truc d’une limpidité complexe et torturée devant laquelle on se prosterne !

 

9. Ill Move Sporadic & Tenchoo – Panic Room 9

Pas de secret : la bonne vielle formule héritée des années 90 à base de beats lancinants et de flows virevoltants fonctionne toujours. Rajoutez à ça le petit accent anglais qui va bien, des refrains accompagnés de chœurs scandés et la lourdeur urbaine : on y est !

 

8. 7 Arm’d Labyrinth – Amaterasuz Orphan EP

Grosse découverte macabre et chargée que 7’Rinth (écoutez Medecine Cabaret  !) et tous les gars qui gravitent autour de lui : Anubis Dohji, Menes The Pharaoh, Sea/Swordz, Sorcery Orchestra (dont on parlera plus bas et dont on parlait là) ! DIY, ultra-lo-fi, drogue, ambiances anxiogènes, flows de dingues, boom-bap des bas-fonds et productions trippantes, voilà pour le programme !

 

7. Blueprint & Aesop Rock – Vigilante Genesis

Productions industrielles, gritty et finalement très Def Jux mais version 2016, le tout sur fond de super-héros et de graffiti, narration parfaite et captivante, Blueprint élève encore son flow depuis Respect The Architect et King No Crown  ! Une suite, vite !

 

6. Willie Evans Jr. – The Crush

Willie Evans Jr. a un truc dans le flow qui fait penser à MF Doom, c’est indéniable et si on rajoute à ça des productions extraordinaires, on a The Crush et c’est la régalade… Le Floridien a frappé fort avec cet EP et sa beat-tape toute fraîche confirme tout le bien que je pensais de lui : un souci de la mélodie et un goût pour l’expérimentation !

 

5. Cryptic One – The World According To…

Le gars Cryptic One fait dans le hip-hop depuis les années 2000 seul ou avec son crew Atoms Fam, ici c’est solo que le producteur/emcee new-yorkais nous livre cet excellent The World According To… Le résultat est simple et court, mais lumineux et singulier, le gars a purifié son hip-hop de tout le superflu pour ne garder que les tripes boom-bap intelligentes, un truc fait d’une conscience politique de vétéran du rap jeu allant des brutalités policières à Trump en passant par le contrôle des armes à feu. Fulgurant et gorgé de classe !

 

4. Ichiban Hashface – Raw Fish EP et Moonshine Dojo

Depuis The Swordsman (qui était juste mon album de l’année en 2014 et qui a malheureusement disparu de Bandcamp), la passion que nous avons ici pour Ichiban Hashface n’est plus un secret. Ses titres lancinants et hypnotiques, ses beats et son flow monotone, froid, presque inarrêtable sont des expériences à vivre, ce dernier Raw Fish EP et Moonshine Dojo ne dérogent pas à la règle ! Ils sont grands, plus dans un sillon jazzy, moins dans le DIY radical, mais toujours aussi grands !

 

 

3. Ostrich Breath – Nightmare on Immortal Elves Weed

Attention, reculez, vous allez vous prendre dans la face une bonne grosse claque de hip-hop glauque, embrumé, glacial et accessoirement foutrement bien foutu ! Kurt Travis et Sorcery Orchestra (dont on parlait là et ça n’est pas fini) sont Ostrich Breath et ils assurent le cachou à grands coups d’ambiances lourdes et malsaines ! Labyrinthique, flippant, malsain, la régalade !

 

2. Genghis Khan – Friday Night Fright

Le Red Lotus Klan, on vous avez dit que c’était du feu cette année et on en reparlera ailleurs mais revenons à notre sujet : Genghis Khan et Scvtter Brvin ! Les deux anciens Masters of The Universe ont commis cet EP court, mais monstrueux, martial et grandiose en forme de suite logique au Night Gallery de 2011. Quatre titres, rien de plus, mais quatre grands titres et surtout une ambiance globale horrifique et expérimentale assez dingue, une sorte de petit  Dr. Octagon avec un Kool Keith macabre et hanté.

 

1. Holy Smoke – S/T

Entre hyper-activité et rien, les parcours des deux puits de créativité que sont Zeroh et Jeremiah Jae se ressemblent et sont finalement anti-symétriques l’un par rapport à l’autre. Quand l’un dort, l’autre grouille de partout ! De 2013 à 2015, Jeremiah Jae avait sorti une dizaine de projets tous plus bonnards les uns que les autres et Zeroh quasi-zéro… Cette année, c’est le contraire avec les énormes O Emissions de l’un (dont on reparlera) et quasi-rien pour l’autre (mais tout est relatif, car on en reparlera ailleurs). Alors voir les deux du Black Jungle Squad sous le même blase dHoly Smoke, mes yeux ont pleuré ! Les deux ensemble, c’est de la pure bonne fois 2, ils nous font voyager bien bien haut à travers les méandres de deux cerveaux génies du hip-hop moderne. La recette est connue mais toujours bigrement efficace, flow monocorde, samples kaléidoscopiques, bricolages lo-fi, hypnose hip-hop, expérimentation et perfection ! IMMENSE !

 

2016 : rap français et autres soupes dans le genre

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12. Maodea – Anagrams

Avec Anagrams (mais aussi avec le vagabond et excellent Vg+ ), le beatmaker nantais Maodea nous offre un petit recueil d’ambiances délicates et texturées fait d’abstract atmosphérique et onirique. En gros, si tu comptes finir l’année (ou en commencer une nouvelle) en chillant pépère au coin du feu, voilà ton partenaire indispensable !

11. Masque d’Humanité – s/t

Bub Le Zombie, Marcel Polaire et PS à la production sont suisses et avec Journée Standard, je vais finir par penser que c’est par là-bas qu’on pond le meilleur rap francophone actuellement ! Masques d’Humanité, c’est 12 morceaux comme autant de masques différents aux ambiances hyper-variées. Du smooth aux trucs plus hybrides électro ou anxiogènes, les productions sont hyper-classes et les flows par dessus collent nickel aux atmosphères de chaque titre !

10. Monsieur Saï – L’Histoire des Hommes

Dans le sillon de Première Volte Digitale  et de La Guerre ne Fait que Continuer, Monsieur Saï, le Maestro (sans les antennes) de la Sarthe, nous refait un Il était une fois… l’Homme, un épisode de vulgarisation pessimiste de 30 minutes sur une seule piste, un exercice casse-gueule, mais ici c’est archi-réussi. On remet une bûche dans la cheminée et on écoute le gars nous parler de l’homme et de l’absurdité de son évolution faite de meurtre et de manipulation de masse.

9. Alaclair Ensemble – Les Frères Cueilleurs

Longtemps que je n’avais pas kiffé un album du cultissime crew bas-canadien comme ce Les Frères Cueilleurs. D’ailleurs, je ne dirai plus que c’était mieux avant car c’est excellent maintenant et ce truc est même sûrement ce qu’ils ont fait de meilleur ! Bien bien moins dans l’électro-dégueulasse, plus froid, plus verbal, plus dense, moins dans l’excès sonore même si on sent que le truc pourrait déborder parfois, plus dans le verbe et même si je ne pipe pas trois mots au bazar, Alaclair Ensemble arrive à rendre le « français » assez carré et bondissant pour qu’on n’ait plus rien à envier au flow ricain…

8. J.Keuz – Acceptions

J.Keuz, c’est un rap pas toujours facile d’accès, une tendance à briser les codes du « bien écrit » rappologique tout en affirmant une parfaite maîtrise et des textes qui n’hésitent pas à aller piquer là où ça démange. Acceptions est un premier EP solo servi par un beatmaking luxueux qui sert parfaitement son écriture dense et groovy.

7. Monsieur 6000 & Dakota – Forever Lost

Ces deux là se sont bien trouvés ! Le flow de Monsieur 6000 tire vers quelque chose à la Casey avec la vitesse en moins et le spleen en plus, un truc spoken sword poétique parlé-chanté finalement très alt-rap dans la forme où Dakota place avec une classe folle des beats mouvants et des boucles à tiroirs très alt-rap eux aussi. Forever Lost est un album ambitieux et assez symbiotique entre un emcee qui cale des mots d’une réelle beauté et un beatmaker qui cherche la mélancolie onirique sans en faire des caisses !

6. M.o.I (Moi ou Il) & Phalo Pantoja – Vitriol

A des années-lumière du rap français actuel qu’on adore détester, Bruno M.o.I au micro et Seb Phalo Pantoja à la production (on reparlera de son Merciless Beauty avec le ricain Eastkoast) distillent un hip-hop old-school ouvertement Golden Age, un travail pointu et foutrement réussi, un truc qui claque et qui fait bouger la tête, et puis les punchlines de vieux films, le kif !

5. L’Argent de la Drogue – PopMusic

L’Argent de la Drogue, c’est une série de paradoxes… Frais ou bien sale, foutraque ou alors construit, franc-maçon ou illuminati, expérimentation lo-fi, grosse trap ou beats soulful, années 80 ou 90, Perpignan ou le reste du monde, c’est le retour de l’ADLD crew et c’est aussi énorme que L’Amende Honorable  !

4. Le Sept – Amoco Cadiz

La légende hexagonale qu’est Le Sept n’avait rien sorti depuis 2008 et Le Jeu du Pendu avec Lartizan, alors autant dire qu’on attendait tous de pied ferme son retour. Amoco Cadiz est un 8 titres pas plus, mais un concentré de ce que le gars est capable de faire avec son verbe et son flow rugueux et incisif porté ici par des productions archi-bonnardes. Un album lourd, lent, noir et épais comme une nappe de pétrole !

3. Le Makizar – Schéma de Vie

Le Makizar s’est échappé du trio Kalhex, mais ses potes Lex et Parental ne sont pas loin ! Grand bien lui en a pris, car au final, ce premier album solo est une merveille, un truc solaire à la MC Solaar (jeu de mots !), bien cool, jazzy et moderne en même temps, avec des beats à la sauce 90s bien sûr mais revisitée et une belle cohérence musicale et textuelle. Car oui, Le Makizar pratique l’art de la rime intelligente et positive, ce qui fait du bien. Schéma de Vie est un album qui lave l’âme et les oreilles et moi, je n’en demande pas plus à la musique.

2. Dezordr Records & Team Plyers – Du Boucan sur les Braises (Dezordr Session 009)

Vous cherchez toujours les bienfaits de la loi El Khomri, et bien plus la peine de chercher, il n’y en a qu’un seul, c’est cet énorme album ! Né dans la rue et d’un regain général de conscience politique, ce projet associant les gars de Dezordr Records et des Team Plyers est une merveille de flows rageurs, intelligents et philanthropes. Y’a du beau monde sur ce projet (la liste serait trop longue) et sûrement ce que le rap français fait de mieux actuellement surtout que là, le truc est porté par des productions noires, frontales et elles aussi hyper-qualitatives. Du Boucan sur les Braises porte l’espoir d’un monde qui pourrait changer si on se bougeait un peu les fesses et résultat, les 18 pistes sont juste purement piloérectiles à souhait !

1. DLGHT – Avec Plaisir

DLGHT est parisien et il livre là une fascinante immersion dans le beatmaking actuel fait de chill-out jazzy et d’ambiances éthérées de très haute volée avec ici (et c’est son charme) des relents des années 90 en version française. On croisera MC Solaar (encore lui !), Busta Flex, la Fonky Family, Oxmo Puccino, Kery James, Doc Gynéco, des bouts de C’est Arrivé Près de Chez Vous ou de La Haine , tous ces sons sont transformés, comme patinés par le temps, down-pitchés pour certains comme s’ils devenaient des traces d’un passé vénéré, des murmures de notre Golden Age à nous, des échos presque historiques qu’on entend au loin… Deux décennies d’écart entre les deux, le gap est saisissant et c’est ce qui fait la magie d’un album qui est selon moi le meilleur truc français de l’année !

2016 : beat-tapes, instrumentaux et soupes dans le genre

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12. Dday One – Gathered Between
Échantillonnage complexe mais linéaire, fin mais qui accroche comme une ventouse à un évier, gavé de loops jazzy et de trouvailles chronométrées, le Californien fait spectralement penser à DJ Shadow ou Pete Rock, rien que ça, et on s’en régale en vrai !

11. 13th Grave – Pvssenger
Les vampires sont lâchés ! 13th Grave fait semblant d’être roumain, il ne l’est pas, il gravite autour de Mathias Kruse et sa clique (si tu n’as toujours pas écouté  Eustress / Wormhole  avec Brenky, tu te dépêches ou alors tu attends parce qu’on en reparlera !), il pratique le hip-hop instrumental et Pvssenger est une expérience entre rêve et cauchemar, toujours sur la lame du rasoir : jazz-hop, non, classic-hop, non, romantic-hop, ça pourrait coller et puis je ne sais pas mais c’est très bien comme ça !

10. The Fawbak Experiment – Third Space EP
Énorme claque de « pur » free jazz abstrait aux saveurs hip-hop discrètes : bien sûr quelques odeurs de boom-bap ou de downtempo sont là pour aiguiser l’oreille grâce au travail génial et délicat de Fawbak et Medline à la production du truc, mais le plus passionnant est ailleurs ! La magie opère par le coté immersif et cosmique des compositions faites main et construites comme on enfile des perles de lumière !

9. 10th Letter – The Revenge
On a kiffé sa relecture sonore dEscape from New York, mais là, 10th Letter franchit un cap ! The Revenge est tout bonnement fascinant ! Le producteur d’Altanta claque 11 pistes à tiroirs d’une densité sonore incroyable, tout est fin, délicat, réfléchi, les ambiances texturées à l’excès nous ouvrent des portes vers le méditatif (plus que le psychédélique) et le rendu global est complexe, quasi-extraordinaire (au sens étymologique du terme). Il faudra arrêter un jour de parler de beatmaker (et moi le premier…) pour des gars comme 10th Letter tellement leur art va au-delà de la création de beats (ce que je respecte grandement), 10th Letter compose des symphonies modernes !

8. Ichiban Hashface – House of Human Vol.3
Si vous ne le savez pas encore, La Soupe de Son voue un culte à Ichiban Hashface et le gars du Nebraska nous le rend bien à chaque fois, car après les deux chefs d’œuvre que sont  Moonshine Dojo  et  Raw Fish EP (dont on reparlera ailleurs), le beatmaker/emcee a lâché le petit frère de  House of Hunan Vol.2  ! Plus smooth, peut-être plus jazzy (mais tout est relatif quand on connaît l’œuvre du bonhomme), peut-être moins DIY radical (et donc dans la continuité de Raw Fish EP ), ce volume 3 instrumental s’avale comme une tisane à la weed bien sucrée, un truc plein de mélancolie et de goût et c’est encore une pépite signée Ichiban Hashface !

7. Tomppabeats – Harbor LP
Souvent quand on voit 39 titres, on prend peur, mais ici on est loin de l’album fleuve à rallonge bien chiant, les 39 vignettes extatiques ne dépassent pas la minute et magie sonore, elles s’enchaînent toutes parfaitement avec délicatesse et symbiose. Le beatmaker finlandais navigue avec élégance dans le lo-fi plein de rêverie et le smooth contemplatif, en gros tu mets ça un dimanche soir quand t’as pas envie d’aller taffer et t’as encore moins envie d’y aller, mais tu te le remets une autre fois, parce que c’est trop bon et même que tu te ferais bien Tyttö  après…

6. Ill Clinton – Skywalken III et Juniper EP
Ill Clinton et Us Natives Records sont des abonnés perpétuels d’IRM ! Skywalken III sonne comme une bande-son, un mélange cinématique et ici cinématographique de Star Wars version Tatooine avec un Christopher Walken en guest ; ça tombe bien, jetez un œil au clip de DRT ERTH ! Comme d’habitude, le beatmaker excelle dans les textures lo-fi et analogiques, le truc crépite et c’est parfait comme avec son Juniper . Une beat-tape trop courte (ou pas), mais parfaite, les ambiances se posent pleines de tension, suavement oppressives, lo-fi bien sûr, géniales à mon goût, le beat met du temps à démarrer, il se laisse attendre mais quand il arrive, on touche au sublime, l’hypnose est là, Ill Clinton est grand (comme d’hab’) !

 

5. Egadz – Bad Keys Drip
Grosse claque post-apocalyptique ! Erik Nava aka Egadz lâche là une petite merveille faite d’abstraction et d’énergie primale et surtout un truc archi-bonnard. Ici, une énorme batterie tabasse tout, envahit, tient toute la place, mais paradoxalement ajoute un côté organique et humain à un album qui lorgne pourtant beaucoup vers les sons synthétiques et vintage. Egadz a réussi ce tour de force et c’est bravo !

4. Jinsang – Solitude. et  Kona Park.
Solitude. est un petit joyau et Jinsang est assurément un des nouveaux beatmakers de l’année ! Il est bon, il pue la Californie rêvée et pratique l’art subtil de chopper des samples de dingo pile comme il faut ; vous allez vous régaler de ses nappes de piano, de cordes, de cuivres, de ses ambiances supra-cool comme c’est même pas possible, de ses beats alambiqués mais pas trop, de son je-ne-sais-quoi de The Avalanches (ouais quand même, on y revient !) ! Et Kona Park.  ? La même en couleur, supra-smooth, avec plus de guitares cool et un coté un poil plus linéaire sur les beats, mais Jinsang est le gars à suivre obligatoirement !

 

3. Undicii – Ore
Mélangeant l’ambient jazz cabalistique et l’abstract hip-hop avec des beats et des samples immersifs comme c’est pas permis, le résultat est archi-trippant pour un album paradoxalement double (comme sur la pochette). D’une première partie mélancolique et free-jazz avec sa dose de smooth complexe, Ore dévoile une seconde face plus paranoïaque et synthétique. L’engin est merveilleux et le résultat magique !

2. Sorcery Orchestra – The Fountain of Destruction
Après les énormes  Galaxy Cloak  et  Nightmare on Immortal Elves Weed (dont on reparlera ailleurs), Sorcery Orchestra claque un monumental château de cartes ultra-lo-fi ! Le beatmaker californien arrive à dompter la machine sur 14 pistes instrumentales aux mélodies tour à tour labyrinthiques, flippantes ou faussement jazzy ! Le résultat est immense, malsain, magistralement simple, ouvertement bizarre et narcotiquement parfait !

1. Dr. Conspiracy – Nuclear Mysticism
Amateurs de DJ Shadow (version Endtroducing… ), d’Edan ou de Jel, cette chose ricaine est pour vous. Le DJ d’Atlanta maîtrise le turntablism comme c’est pas permis, mais en version inquiétant et en y ajoutant une bonne grosse pointe de psychédélisme dedans. Ainsi, comme après une trop forte dose de psychotrope, le drum and bass de l’album joue le rôle de stimulant, le beat organique réveille, histoire de retomber ou de rester entre deux. La magie de l’album repose là, avoir la tête dans le fumée, mais les deux pieds au sol à gigoter…

Menu du Jour #125

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Tous les jours, un choix de 3 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre !

Soupe à la viande avec des morceaux : Purple Dialect – Leaves

 Ici, vous l’aurez remarqué, on aime beaucoup les ptits gars de chez Us Natives et pour cause ! Pour les fêtes c’est Purple Dialect qui s’y colle. Alors, que dire ? Franchement…. ben c’est bon, tellement que je ne sais pas quoi dire sans enfiler les lieux communs comme des perles. Ça groove, les MC’s ont la dalle et, petit bonheur personnel, sur la dernière piste au titre funéraire voilà t’y pas que débarque mon chouchou au masque à gaz, le bien nommé Ill Green. Je suis heureux. Ce disque me rend heureux à tel point que si j’étais Snoopy je m’allongerais sur ma niche avec pour l’écouter en regardant tomber la neige. Faîtes de même mais couvrez-vous.

Pasta Masta

Soupe à l’ancienne et à la main : Jones & Classyc D – Museum Music

On connait l’image, maintes fois rebattue, du gardien temple du hip hop qui a servi de rustines à tant d’inspiration dégonflée. Mais pas ici rassurez-vous. Bonkar Jones de La Storm n’est pas le genre d’artiste qui donne dans la demi-mesure : il prend le concept au pied de la lettre et le décline sur 12 pistes. Embarquez et suivez le guide à travers le Haut Temple mis en musique et en image par les talentueux Classyc D et Nicolas Sauge. Les samples tournent, les flows claquent avec le retour appréciable de Séisme à l’accueil du musée. Ce disque respire l’amour du hip hop et agira sur votre morale plus sûrement qu’une cure de magnésium au ginseng et au guarana.

Pasta Masta

Soupe douteuse : Poisson Fourrure – Bête de Flot

Soyez Poisson Fourrure, écoutez Poisson Fourrure et aimez Poisson Fourrure. Quand la bêtise crasse et décomplexée et la vulgarité du beauf bourré chantent de concert une ode vocodée à la médiocrité, Poisson Fourrure est une planche de salut. Poisson Fourrure est un trio de Super Zéros fruits d’une étrange théorie de l’évolution. Poisson Fourrure est tombé d’un BD d’Edika dans une marmite de jambon magique. Poisson Fourrure joue les idiots avec classe en déballant ses trouvailles. Embrassez le changement et optez pour l’évolution régressive. Homme moderne, homme post-moderne et toi aussi homme futuriste tout n’est pas encore perdu ! Sauve ton âme et aime Poisson Fourrure !

Pasta Masta

Menu du jour #124

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Soupe au sang de vierge : Jak Tripper – Hideous

Tu es prêt à te salir les oreilles avec de la fange bien épaisse ? Ouais ? Alors au menu de ce Hideous, c’est du horrorcore total et monolithique pour un album gavé de folie pure presque sanguinaire ! Une découverte tardive pour moi, puisque l’objet est sorti en juin, mais quelle chance de ne pas être passé à coté de cet OVNI ! Jak Tripper avec son flow rauque et malade balance un LP hypnotiquement malsain et sataniquement magique ! Les ambiances énigmatiques tranchent parfaitement avec le verbe rentre-dedans du new-yorkais, le boom-bap y est lourd et les instrumentations sont minimalistes, tristes et obscures… En gros, on n’est pas là pour rigoler, mais la dinguerie est communicative, et c’est parfait comme ça !

Souper Spout’

Potage de la forêt enchantée : Jesse Dangerously & Eli Grove – DangerGrove

Après avoir invité pas mal de copains sur Subversive Ciphers pour rapper avec lui, Jesse Dangerously se la joue différemment avec DangerGrove puisque c’est lui seul (avec MC Lars et Mikal kHill, d’ailleurs goûtez donc Human Disaster) qui gère le micro avec Eli Grove à la production. Grand bien lui en a pris, puisque l’entente est parfaite, la folie du canadien a trouvé son complètement ! Le Ol’Dirty Bastard d’Halifax a trouvé un alter-ego à sa taille, alors ça rappe vite, ça fait bouger la tête, les productions sont fines et piquantes, que demander de plus ?

Souper Spout’

Soupe boulons et dentelles : Eligh – Gandalf’s Trunk Machine 2

Le mois dernier, Eligh avait bluffé son monde avec l’excellentissime Grand Tapestry, indien et extraordinaire, cette fois-ci la légende du hip-hop angeleno revient avec 14 pistes plus expérimentales et personnelles, 14 petites merveilles instrumentales faites de dentelles électroniques fines et subtiles. L’expérience indienne traîne parfois sur certains titres et une ambiance globale plus électro-chip méditative et loin des tabassages auxquels nous a habitué le californien montre que l’expérience Grand Tapestry a marqué Eligh et franchement c’est vraiment cool comme ça !

Souper Spout’

Menu du jour #123

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Soupe verte au cognac : Ichiban Hashface – House of Human Vol.3

Si vous ne le savez pas encore, la Soupe de Son voue un culte à Ichiban Hashface et le gars du Nebraska nous le rend bien à chaque fois, car après les deux chefs d’œuvre que sont Moonshine Dojo et Raw Fish EP, le beatmaker/emcee vient de lâcher le petit frère de House of Hunan Vol.2 ! Plus smooth, peut-être plus jazzy (mais tout est relatif quand on connaît l’oeuvre du bonhomme), peut-être moins DIY radical (et donc dans la continuité de Raw Fish EP), ce volume 3 instrumental s’avale comme une tisane à la weed bien sucrée, un truc plein de mélancolie et de gout et c’est encore une pépite signée Ichiban Hashface !

Souper Spout’

Soupe d’été : Hello Tomorrow – Goodbye Yesterday EP

Le truc n’est tombé dessus assez superbement, car sorti en août (désolé pour le retard, mais on peut pas être partout), Goodbye Yesterday EP est merveilleux au sens étymologique du terme. Tone Beatz à la production et D. Focis au micro sont vraiment bons ! Avec des sonorités smooth bien comme il faut, de délicats rappels à la modernité pour nous rappeler que nous sommes bien en 2016, le duo pratique le cool comme une religion, les ambiances cuivrées et cordées sont fraîches et propres, les textures groovent et le flows de D. Focis est en apesanteur au dessus du taff de Tone Beatz ! Miam !

Souper Spout’

Potage sur mesure : Jumbled – Action Shots

Après l’excellent WIWL, le copain et beatmaker Jumbled revient mais cette fois-ci il n’est pas tout seul à bord, il a rameuté six emcees (inconnus au bataillon, personne n’est parfait) et leur a fait le cadeau d’une piste. Le coté lo-fi de Jumbled est ici bien loin, le gars assure des productions classieuses et malines, mais assez dépouillées et à tiroirs pour que ça soit ultra-bonnard ! Niveau flow, les six invités sont à suivre de prêt , y’a que du bon et même si leurs styles sont bien différents, Jumbled assure la cohésion ! La banane !

Souper Spout’

 

Menu du jour #122

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Soupe aux forceps : War Church – Gunship Diplomacy

Amateurs de hip-hop puissant, féroce, passionné, en colère, intelligent, agressif et politique, ce truc est pour vous et vous allez peut-être même me remercier ! Il est pour vous et il est pour moi parce que franchement c’est une putain de claque et il sera tout en haut à l’heure des comptes ! War Church, c’est Skech 185, emcee/agitateur chicagoan de son état et Analogue Tape Dispenser, beatmaker au talent plus plus plus. Les deux ensemble viennent de se réunir pour un Gunship Diplomacy mastodontesque et c’est juste de la dy-na-mi-te en mp3 ! Le flow technique et athlétique de Skech 185, sorte de spoken word bombastic à la puissance imposante la mitraillette en bandoulière est un truc à écouter une fois dans sa vie, vraiment ! Et encore s’il n’y avait que ça, le gars choppe tout l’espace sonore et claque des textes denses et sombres comme on en entend peu, et par dessus toute cette épaisseur lyrique, comme si ça ne suffisait pas, Analogue Tape Dispenser sort un travail de dingue. Des productions denses et parfaites ou plus envolées mais toujours en symbiose avec les rafales de balles que balancent Skech 185 ! Le résultat est ambitieux, sauvage et complexe, peut-être déroutant car indomptable, mais bordel que c’est bon ! GRAND !

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Potage extraterrestre :  The Sloth & Hologram – The Francis Slothington Dawn

Autre soupe, autre bizarrerie et encore un accord parfait entre un emcee et un producteur ! L’histoire se passe loin d’ici sur The Dawn, une planète que s’est accaparé Francis Slothington aka The Sloth, là-bas les comptes se règlent à grand coup de flows rapides et bondissants et pour répondre à ça, Hologram lâche productions cools sur productions tordues. Vous l’avez compris le concept est sci-fi comique et ça marche tout seul ! Les ambiances sont originales, bonnardes, et là aussi, l’emcee occupe toute la place, The Sloth a un flow auquel j’adhère complètement et les deux ensemble font dans le complexe loufoque kiffant. The Francis Slothington Dawn est frais comme une gorgée d’hélium, A.P.M.T. par exemple est un petit chef d’œuvre et je vous assure qu’il y en a beaucoup comme ça sur l’album !

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Soupe au cambouis : Elos – DD

Dernière soupe, dernière bizarrerie, et au menu maintenant, c’est une soupe du turfu ! Dub du sous-sol, drum and bass des étoiles, hip-hop en ferraille, beakbeat de très loin, electrochip anonymous, indus dystopique, Elos ratisse large dans des ambiances dignes d’un film d’anticipation où les machines auraient pris le dessus ! Vous prenez la pilule bleue ou la pilule rouge ? Je vous conseille la rouge, histoire de plonger dans la Matrice confectionnée par Elos !

Souper Spout’