Menu de la semaine #6

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Toutes les semaines, un choix de 5 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre !

Gruel : Dizraeli & DownLowThe Leroy Merlin Mixtape

Dynamite ! L’excellent emcee Dizraeli délaisse les Small Gods pour  DownLow et voilà une The Leroy Merlin Mixtape bien bonnarde en forme de préquel au Leroy Merlin EP à venir le 10 mars ! Ces deux-là se connaissent bien, ils s’étaient déjà croisés sur le très bon Everyone’s A Winner en 2013 (déjà !) et ici, la recette reste la même : du pur bon boom-bap anglais sans prise de tête avec sa dose de folie ! Le flow élastique et bavard de Dizraeli fait du bien à écouter, imaginatif, hyper-actif et même drôle, le gars de Bristol ne refait pas le monde, mais cette mixtape fout la banane ! C’est du hautement qualitatif, ça rappe à l’instinct, ça rappe bien, c’est gavé de références diverses (et même de la chanson française), on bouge bien la tête en se régalant de chaque pistes avec un sourire benêt surtout que les productions de DownLow sont simples et géniales. Si on rajoute à ça les présences de Nathan Feddo, Chango ou Jakaboski, on n’a plus qu’à attendre avec impatience le 10 mars !

 

Souper Spout’

Soupe au poivre : Tenshun & BonzoSplit Mutilation

Âmes sensibles passées votre chemin, oreilles sensibles passées votre chemin ! Tenshun et Bonzo font dans le glitch-hop masochiste avec une ÉNORME dose de noise aux beats ultra-massifs et saturés qui vont bien et une autre ÉNORME dose de drum’n’bass décadent. Gavé de bruits parasites, Split Mutilation est une déflagration sonore à 100 à l’heure, et moi, ça me ravit ! L’affaire vous lavera des oreilles ou vous les détruira, c’est au choix ! Moi, j’ai embarqué avec un plaisir assez malsain dans les circonvolutions occultes des deux beatmakers qui bizarrement vous donneront envie d’y revenir avec une attraction dangereuse !

Souper Spout’

Potage féminin : Lingua Franca – S/T

Découverte sur le Weekend at Brodie’s de Dope KNife (dont nous parlions un peu là), la rappeuse d’Athens lâche maintenant un premier vrai album solo et le résultat est gagnant ! On est directement hypnotisé par sa voix et son flow plein de confiance, de technique et de complexité verbale, la gonzesse s’est rodé aux battles, ça se sent ! Lingua Franca a un style saccadé frais, charismatique (car parfois chanté), hyper-intéressant et surtout très personnel, et pour ne rien gâcher, cet album éponyme est gavé de beats abstraits discrets mais réussis et surtout d’un esprit boom-bap intelligent et intelligible ! Coup d’essai, coup de chef !

Souper Spout’

Soupe qu’on attendait pas : Nolan The Ninjalo-fi flips.

L’année dernière, Nolan The Ninja avait lâché un He(art) lourdement armé. Le gars maniait le verbe comme si on montait des lunettes de précision sur un bazooka M28, l’emcee de Detroit te visait la tête bien et te l’abîmait bien aussi ! Forcement urbain, on pensait à un Sean Price mixé à la surmultipliée avec un Vinnie Paz dans la fleur de l’age. Ça, c’était l’année dernière, car là, ce même Nolan The Ninja vient de nous fabriquer un bonbon au miel ! Un album fait de remixes et de remodelages de tubes RnB et rap version Golden Age, c’est le grand écart, mais le truc fonctionne admirablement bien avec fraîcheur et invention. lo-fi flips. s’avale tout cru !

Souper Spout’

Potage à la bien comme d’hab’ : Tha God Fahim – Dreams of Medina 2

Le mois dernier, c’était Tha Dark Shogunn Saga Vol. 2 et son coté western samouraï ; cette fois-ci, c’est Dreams of Medina 2 qui va vous régaler ! Les ambiances boom-bap minimales et sobres sont là, mais ici elles sont bien moins sombres qu’à l’accoutumée, et pourtant c’est le gars d’Atlanta qui assure la moitié des productions (avec les excellents Knxwledge et Al Divino). En pièce centrale, on a toujours le flow hargneux et plein de morgue de Tha God Fahim, toujours archi-présent, toujours archi-jouissif !

 

Souper Spout’

Menu de la semaine #5

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Toutes les semaines, un choix de 5 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre !

 

Soupe détox : JonwayneRap Album Two

Après une chouette série de cassettes et un Rap Album One que je place très très haut, le Californien avait lâché Jonwayne is Retired, c’était en 2015, tout était dans le titre, mais à l’époque on n’y croyait pas trop, surtout que la mixtape Here You Go (ici et ) suivit la même année… Et pourtant mélangeant alcool et dépression, Jonwayne était au fond du trou, bien sûr sa musique transpirait un peu tout cela, on le sentait névrosé et manquant de confiance en lui, mais jamais je ne l’aurais cru aussi abîmé au point de tout arrêter… Pourtant c’est ce que l’emcee et producteur fit, deux ans pour remonter la pente, deux ans pour se débarrasser de ses addictions et deux ans pour nous pondre ce Rap Album Two aussi cathartique pour lui que passionnant pour nous ! Car oui, Rap Album Two est grand, et même si Jonwayne ne fait toujours pas dans la démonstration, il rôde une présence tout au long de l’album, il y a ce petit supplément d’âme qui fait les petits chefs d’oeuvre. Entre exorcisme, auto-médication et introspection, Jonwayne fait comme d’habitude la part belle au verbe (le sien et à celui de ses potes, Zeroh en tête) et son flow monocorde et précis atteint des sommets qui sans son beatmaking de génie auraient pu paraître abscons. Faites de ruptures et de modulations, les productions du gars (et de Dibia$e), toujours aussi lancinantes et répétitives, pourrait faire penser à un hip-hop d’esthète, oui, mais le minimalisme du Californien fourmille de détails délicats finement travaillés. Jonwayne parait toujours aussi  peu sûr de lui et de son génie, mais il plane finalement un sentiment de liberté retrouvée sur chaque piste comme si l’américain avait enfin accepté qui il est. De l’auto-dégoût à l’acceptation de soi, il y a un chemin tortueux, Rap Album Two en dessine le plan et Jonwayne en ressort grandi, profondément humain et grandi !

Souper Spout’

Potage expérimental : Pacific Yew(((( ..Lamest Days ))))

Attention, OVNI en provenance du Texas via la  Californie et la Hot Record Société ! Comme si la zone 51 s’était délocalisée du coté de Fort Worth, Pacific Yew va vous faire voyager dans des contrées inexplorées pleines de mystère et d’expérimentations hip-hop de très hautes volées ! En apesanteur tout le long de l’album, on traverse ce (((( ..Lamest Days )))) comme un film qu’on regarderait les yeux fermés… On n’est pas à un paradoxe prés, car finalement ici tout s’entremêle, se mélange et bonifie : lo-fi, transe chamanique, acid jazz, mélancolie, vide, douceur, lenteur, bizarrerie, rêverie, errance, flow dépouillé, up-pitché, phrases sonores, comme si Zeroh et Milo s’étaient donnés rendez-vous autour d’un immense Pacific Yew…Même si l’approche obtuse de (((( ..Lamest Days )))) pourra faire peur à certain, c’est assurément une de mes plus passionnantes découvertes de l’année (comme son nom ne l’indique pas) et quand je vois que le gars en est à sa 17éme sortie, j’ai juste le vertige et c’est exactement la sensation que procure cet incroyable album !

Souper Spout’

Soupe de sang : Klive KravenDeath Comes in The Dawn

Hardcore, horrorcore, Vinnie Paz, Non-Phixion, vous l’avez surement compris on ne va pas faire un concours de blagues avec Klive Kraven, et l’artwork en rajoute même une couche si ça ne suffisait pas ! Les ambiances énigmatiques tranchent parfaitement avec le gros flow bien rentre-dedans du gars du Maryland, le boom-bap y est lourd et sanguinolent, les beats sur-gras et les instrumentations minimalistes, horrifiques, obscures et archi-bonnardes… En gros, on n’est pas là pour rigoler, mais la dinguerie est communicative, c’est parfait comme ça , surtout qu’un bon gros coup de hip-hop frontal, ça fait du bien !

Souper Spout’

Soupe en J’y-fous-tout : FBR & IHeartNoisePresent Library Lunch: A Benefit Compilation For AntiBullying

FilthyBroke Recordings, le « petit » label qui n’en finit pas de m’épater ! Après avoir sorti du Nacho Picasso, du V8, du Gajah & Chrono Triggers ou du Cobby & Litten (pour les trucs les plus récents), FBR lâche là un recueil d’inédits où tout n’est pas hip-hop, effectivement, il y aussi à boire et à manger, effectivement, mais tout transpire l’honnêteté puisqu’ici on a à faire à une compilation caritative pour Ditch the Label. Je vous rassure, y’a quand même du beau monde : Hoot, V8 (encore !) et plein de découvertes comme PRFCT Storm, Walter Gross ou Petridisch. Et puis quand on écrit : « Bullies, in myriad forms, are tearing us apart. Music seems to bring people together. Hence, this compilation.« , ça ne peut que me plaire !

Souper Spout’

Omaha soup : VERZEOOZARU

Autre OVNI, autre voyage, mais cette fois-ci, direction le Nebraska ! VERZE entreprend de déconstruire le hip-hop à grands coups de dingueries faites maison entre gros rap et trap d’un coté plutôt sur la première moitié de l’album et d’un autre coté, nerd-rap et trucs plus expérimentaux et pointus. Ça part un peu dans tous les sens, ça sent la jeunesse et la folie et pourtant le gars sait où il va, en témoignent les trois pistes signées par Ichiban Hashface, juste magiques, mention spéciale pour Mail ! A suivre donc de prés, surtout que si VERZE s’éparpille un peu moins, là ça pourrait être très grand !

Souper Spout’

Menu de la semaine #4

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Toutes les semaines, un choix de 5 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre ! 

Soupe du turfu : Strange_U#LP4080

Le retour de Strange_U s’annonçait bouillant ! Bouillant car le duo londonien fait maintenant parti de l’écurie/crew High Focus (événement fêté comme il se doit ici) ! Bouillant car ce #LP4080 a été savamment teasé à grand coup de clips tous plus barrés les uns que les autres (Shots, Zuul ou Grizzle) ! Bouillant car quand on voit Lee Scott, Jehst ou Cappo en guests, on a les yeux qui pleurent ! Bouillant enfin, parce que #LP4080 = 2 fois #EP2040 et que si c’est le cas, Kashmere (aka Lord Rao) et Dr Zygote auront enfanté d’un monstre ! Et bien, c’est le cas ! L’album est juste monstrueux ! Sur un fond de théories du complot, de sci-fi, de drogue, de délires, de sexe et de sauvagerie version comics à la Kool Keith du turfu, les beats colossaux de Dr Zygote et ses incrustations de jeux d’arcade extraterrestres inventent le Nintendocore version rap psychédélique. Et puis, il y a la puissance de Lord Rao au bord de la saturation à chaque rime et son flow d’éléphant à la MF Doom biberonné à coup de grime, eskibeat et autre sublow ! #LP4080 est une agression sonore, un album en mouvement plein de morgue et d’arrogance fait d’expérimentations 8-bit massives et pourtant tellement dynamiques et bonnardes, de titres avec des productions pétries d’énergie sombre et d’une violence presque palpable comme constante cosmologique. Les deux Strange_U impressionnent par leur maîtrise, un peu comme s’il y avait un chef d’orchestre dans le ballet massif et inquiétant des étoiles d’une galaxie située de l’autre coté de la Manche ! GRAND ! GRAND ! GRAND !

Souper Spout’

Potage Big Brother : Dope KNifeNineteenEightyFour

Après un excellent Weekend At Brodie’s EP sorti l’année dernière, le patron de Dope Sandwich Productions lâche un extraordinaire premier album long format avec sa dose de rafales de rimes lourdes, de beats tout aussi lourds, de noirceur, mais avec quelques éclairs de folie un peu à la Aesop Rock qui font la singularité du truc. Dope KNife qui assure ici micro et production fait ainsi souffler un vent de paranoïa orwellienne jubilatoire sur l’ensemble de NineteenEightyFour et si on rajoute Ceschi et Sage Francis en guests de luxe, on n’est pas loin du sans faute !

Souper Spout’

Soupe en chaud-froid : Quelle ChrisBeing You Is Great, I Wish I Could Be You More Often

Ça va faire 5 ans qu’on suit l’évolution de Quelle Chris, depuis 2Dirt4TV et l’énorme Niggas Is Men (qu’il faut écouter !), on y croisait déjà ses potes Cavalier, Tanya Morgan, Denmark Vessey, depuis le gars de Detroit est passé chez Mello Music Group, un label dont le cool lui allait comme un gant, 3 albums ont suivi, mais selon moi, il manquait un gros truc… Et bien, on l’a ! Quelle Chris n’est pas juste un rappeur cool, car Being You Is Great, I Wish I Could Be You More Often est grand ! Les pistes et les ambiances s’alternent avec magie et le flow lent, décontracté mais réfléchi de Quelle Chris prend de l’écho dans l’introspection et la bipolarité qui font basculer l’album dans une autre dimension plus morose et dépressive. Dr. Quelle et M. Chris quoi !

Souper Spout’

Soupe à 6 mains : Seez MicsWITH

En 2014, Seez Mics nous avait scotché avec le précis, original et tribalement parfait Cruel Fuel. Depuis cette date, silence radio, mais nous avons bien fait d’attendre, car le rappeur de D.C. revient bien entouré ! Lui, plus 2 emcees différents par piste ! C’est le concept de WITHSeez Mics prête le micro,  ça donne des rencontres assez dingues puisqu’on croise aussi bien Ceschi (encore lui !) et Adeem que Napoleon Da Legend ou Uptown XO. Surtout que Scott Kuzner assure les productions et que comme sur Cruel Fuel, c’est excellent !

Souper Spout’

Potage anti-Trump : LushlifeMy Idols Are Dead + My Enemies Are In Power

Autant Plateau Vision est culte, autant le Ritualize de l’année dernière m’avait déçu… Et au final, My Idols Are Dead + My Enemies Are In Power vient de me réconcilier avec Lushlife ! En réponse directe à l’investiture et au début de mandat de Donald Trump, l’album est brûlant avec pas mal de flows fervents et engagés, écoutez juste les arrivées de Killer MikeBilly Woods et Kool A.D. pour comprendre ! Bien sûr, certaines pistes ont un coté synthé pop que je n’aime pas, mais quand le Phildelphien fait dans le hip-hop aérien à l’ancienne ou rentre-dedans version 2017, j’embarque direct ! L’enchaînement This Ecstatic Cult / The Heart Is An Atomic Bomb nique tout par exemple ! Et puis tous les fonds générés par les téléchargements iront à l’American Civil Liberties Union. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Souper Spout’

 

 

January best soups

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1. Vas & Ill Clinton – V for Vigoda
2. bedwetter – volume 1: flick your tongue against your teeth and describe the present.
3. Pruven – Reach Surroundings
4. Uncommon Nasa – Mink Swimming Pools
5. Elucid – Valley Of Grace
6. Boxguts x 2Ugli x Veto Mega – Veto Mega Presents: Boxguts Vs 2Ugli
7. zeroh – KuroST.BLQlordTESLA
8. The Koreatown Oddity & Vex Ruffin – Finna Be Past Tense
9. Paul White – Everything You’ve Forgotten
10. V8 as Carlos Imperial – One Dog Night

Menu de la semaine #3

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Toutes les semaines, un choix de 5 soupes toutes plus appétissantes les unes que les autres pour garder la forme sans sacrifier l’équilibre ! 

Potage de chef : PruvenReach Surroundings

Comme je l’ai attendu cet album ! Depuis 2012 et l’excellent Stamina of Thought, si je n’ai pas ma dose annuelle de Pruven, y’a un truc qui me manque. Forcément, l’emcee du Connecticut ne s’est jamais foutu de ma gueule, jugez du peu : Wordplay Sensei ou Dark Light Tablets, deux albums monumentaux et donc indispensables ! Autant le dire de suite, Reach Surroundings est du même bois, du hip-hop brut aux ambiances sombres, poétiques ou discrètement luxuriantes à la nuance prés que le résultat sonne bien moins lo-fi qu’à l’accoutumée. Ici, Pruven a vu large niveau production, puisqu’à une ou deux exceptions prés, on a un beatmaker différent par piste et pourtant l’homogénéité est bien au rendez-vous ! Surtout que la magie opère toujours grâce au flow incroyable du gars, un flow martial d’une incroyable maîtrise, east-coast, froid et athlétique. Et pourtant, inexplicablement, Pruven reste toujours dans l’ombre du rap game et galère toujours autant avec ses albums ; alors sautez dessus, ou alors lavez-vous les oreilles, je sais pas, car c’est de l’or en barre qu’on a là !

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Soupe aux cafards : bedwettervolume 1: flick your tongue against your teeth and describe the present.

Après Shawn Kemp, voilà encore un nouveau blase pour Travis Miller aka Lil Ugly Mane, car c’est bien le mystérieux emcee et producteur texan qui se cache derrière bedwetter et cet album au titre à rallonge. Selon moi, on a même là ce que Travis Miller a fait de meilleur ! Complétement dans la voie tracée avec Oblivion Access, c’est à dire un truc entre horrorcore du Sud (à la $uicideboy$ ou Three 6 Mafia), trap et expérimentation bruitiste, mais sans voix up ou down-pitchées (comme sur ses sorties d’avant 2015), le flow du ricain est maintenant presque crié et son passé glitcho-metalleux avec Across nous pète tout d’un coup à la gueule ! On pense à Eyedea ou à ODB avec ce coté fou teinté de dépression, de désespoir, d’idéation suicidaire et de crise existentielle, on y pense fort aussi avec les instrumentations morbides, les samples inquiétants et les pistes instrumentales complétement dingues. Ce bedwetter s’écoute finalement comme un bad trip paranoïaque, il faut y être préparé, mais quel pied !

Souper Spout’

Soupe consciente : ElucidValley Of Grace

Après l’extraordinaire Save Yourself l’année dernière, voici encore un album attendu avec impatience et là aussi, on n’est pas là pour rigoler ! Valley of Grace EP est une suite logique à  Save Yourself et à l’œuvre d’Elucid : c’est sombre, industriel, social, politique, abstrait et beau. Minimal et inventif, dark et oppressant, puissant et ensorcelant, froid et urbain, Elucid navigue constamment sur le fil du rasoir avec d’un côté le chaos et de l’autre l’austérité d’un hip-hop intello. Oui mais voilà, avec la classe du New-Yorkais, on peut tout se permettre ! Elucid lâche donc une nouvelle pépite, peut-être sa plus jazzy et bizarrement aussi sa plus dissonante et passionnante, car Elucid est avant tout un avant-gardiste et définitivement le nouveau maitre à penser à hip-hop new-yorkais ! Self care is a revolutionary act !

Souper Spout’

Soupe du dimanche : zerohKuroST.BLQlordTESLA

2016 fut faste pour l’emcee et producteur californien, mais alors que le niveau de bizarrerie de zeroh a été en crescendo permanent tout au long de l’année dernière (les dingueries 0 Emissions 1, 2, 3, 4 et 5, Tinnitus et Holy Smoke, miam !), KuroST.BLQlordTESLA sonne comme une remise à zéro (jeu de mot !) des compteurs et l’EP est presque une respiration dans la discographie récente de l’angeleno. Fini la cacophonie jouissive, le bruit blanc et le lo-fi drogué, l’affaire s’écoute comme un album du dimanche soir, mais avec la juste dose de classe dont déborde zeroh qui vient d’inventer le smooth expérimental !

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Soupe sélénite : V8 as Carlos ImperialOne Dog Night

Il nous avait manqué V8 ! Porté disparu en 2016, l’emcee chicagoan revient gonflé à bloc avec ce One Dog Night long format et archi-réussi. Comme toujours, il faut savoir entrer dans l’œuvre de V8, ici l’affaire navigue entre sorcellerie, phases lunaires (au sens astronomique du terme) et rues de Chicago. Le rappeur annonce même qu’il a numéroté les pistes du truc en fonction de son espérance de vie au moment où il grandissait dans la capitale de l’Illinois… Il est donc question de survie en milieu hostile, de sang et de larmes, mais avec la touche V8, c’est à dire ce flow psychotique et possédé qu’on adore. Nourri à grands coups de beats poisseux aux rayons desquels on trouve Morbidly-O-Beats, Noblonski, Kenny Segal ou K-The-I???, One Dog Night est peut-être même le meilleur album du rappeur (Sludge Factorie compris) et assurément une réussite de hip-hop abstrait malsain, déconstruit et novateur !

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Menu de la semaine #2

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Potage de la 4éme dimension : Uncommon NasaMink Swimming Pools

L’année dernière, Uncommon Nasa avait laissé le micro à Short Fuze et leur Autonomy Music avait mis tout le monde d’accord. En 2017, le rappeur/producteur revient avec Mink Swimming Pools toujours dans des sonorités authentiques du New-York du début des années 2000, Antipop Consortium en tête mais avec un coté plus dynamiquement drum’n’bass façon Bigg Jus par moment ! Le résultat est délicatement rentre-dedans, expérimental et claquesque en même temps, teinté de Twilight Zone et de génie, d’ailleurs quand on voit des featurings avec Billy WoodsSkech185, BMS, ou Short Fuze, on est rarement déçu !

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Soupe façon bouchère : Boxguts x 2Ugli x Veto Mega – Veto Mega Presents: Boxguts Vs 2Ugli

Boxguts commence l’année comme il avait fini la précédente, c’est à dire très très en forme ! Après 5 albums atomiques et indispensables en 2016 (Trippin Down Melody Lane avec Scvtter Brvin Blunt Forced Trauma avec Yokes, Fossil In The Brothel avec Ebbineeza, STD-Free Androida Hoe 2 avec Beatahoe et Hot Bref Boy Volume 4 : Ignorance Is Dis qui a juste été mon album de l’année !), le New-Yorkais revient  le flow en bandoulière avec 5 pistes de destruction massive ! Ici, Boxguts partage le micro avec 2Ugli et l’EP se transforme en ring hip-hop de rue ! Ça tabasse, ça n’y va pas avec le dos de la cuillère et ça fait du bien surtout que Veto Mega assure des productions aussi massives que les rimes des deux emcees ! Grand !

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Soupe aux herbes du loup : The Koreatown Oddity & Vex Ruffin – Finna Be Past Tense

The Koreatown Oddity, on l’avait croisé l’année dernière sur l’excellent 5 Chuckles 2 avec Ras G. Mais là, le revoir en solo avec Finna Be Past Tense, j’ai cru revivre l’énorme 200 Tree Rings de 2014 avec sa folie, ses constructions typiquement DIY, ses grands écarts permanents et ses titres spatialement parfaits ! Ici épaulé par Vex Ruffin à la production, l’Angeleno peaufine encore son hip-hop brut et expérimental, toujours doré par une fine couche West Coast underground mais avec un coté politico-mystique qui colle bien à l’écurie Stones Throw. Immense pour qui sait dompter l’homme au masque de loup !

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Porridge revisité : Paul WhiteEverything You’ve Forgotten

Paul White, ce blase ne vous dit peut-être rien et pourtant le producteur anglais est derrière l’excellent Hella Personal Film Festival d’Open Mike Eagle, derrière la moitié des titres du méchant Atrocity Exhibition de Danny Brown ou derrière Golden Rules avec Eric Biddines ! Rien que ça ! Là on retrouve Paul White en solo pour une beat-tape d’une seule piste de 30 minutes, ça, c’est pour la forme ! Pour le fond, Everything You’ve Forgotten est un voyage magique gavé de samples, de bouts de films, d’up et de down-pitchs, de technique et de folie ! Et la seule chose qu’on peut dire après avoir écouté ça, c’est qu’on n’avait jamais écouté un truc comme ça avant !

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Soupe en trompe-l’oeil : ZoënLe Nouveau Mexique

One Night Between avait ouvert la voie, Dire Quelque Chose avait montré le chemin, Le Nouveau Mexique touche au but, car avec ce nouvel album, Zoën n’aura bientôt sa place dans nos menus de la semaine tellement le style qu’il a créé s’éloigne maintenant du hip-hop des débuts ! Je dis ça pour la blague car Le Nouveau Mexique est bel et bien excellent, un joli projet sur le voyage, l’exile, le départ plein de tendresse et de bonté et ça fait du bien ! Bien sûr le Tourangeau n’en finit pas d’ajouter de la pop à son alt-rap, mais il a fabriqué quelque chose qui n’est finalement plus ni l’un ni l’autre, une singularité, un paradoxe à la Yoni Wolf. Il dit se situer quelque part entre MC Solaar et Étienne Daho, mais le gars est passé au stade d’après, il a un style et Sirop à la fraise ou Partir un Peu en sont deux magnifiques preuves !

Souper Spout’

 

2016 : LPs Hip-hop et trucs dans le genre 1/2

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50. Jak Tripper – Hideous

Jak Tripper avec son flow rauque et malade balance un LP hypnotiquement malsain et sataniquement magique, les ambiances énigmatiques tranchent parfaitement avec le verbe rentre-dedans du new-yorkais, le boom-bap y est lourd et les instrumentations sont minimalistes, tristes et obscures… Horrorcore total et monolithique pour un album gavé de folie pure presque sanguinaire !

49. Mike Shank – Bukowski’s Epitaph

Un grand album, une belle découverte ! Un peu Backburner sur les bords, pas très technique (mais tout est relatif) mais complètement humain, décomplexé et singulier ! Mike Shank rappe avec ses tripes, ne fait pas semblant, on pense aux trucs de Peanuts & Corn Records de l’époque, mcenroe en tête et c’est cool !

48. WARPATH – Pure Butter + More Butter

La scène boom-bap allemande n’est plus à présenter et en voici une nouvelle pépite ! Avec sa simplicité toute teutonique canal-historiquement pure, ça smoothe comme c’est pas permis, les productions jazzy signées Soulmade tranchent avec le sécateur verbal de WARPATH et c’est excellent comme ça !

47. The Sloth & Hologram – The Francis Slothington Dawn

Album extra-terrestre sci-fi comique où les comptes se règlent à grands coups de flows bondissants signés The Sloth ; pour contrebalancer ça, Hologram lâche à la pelle productions cool sur productions tordues. L’emcee occupe beaucoup de place, on adore ça, mais les deux ensemble, c’est la symbiose loufoquement bien kiffante ! Youpi quoi !

46. Moka Only – Milky State

Impossible de faire une rétrospective de l’année 2016 sans parler de Moka Only car le Canadien a juste fait péter les compteurs en sortant 12 albums cette année ! 12 ! Et pas 12 albums anecdotiques : #99, I’m Delighted,Summerland, Sao Paulo ou Brutal sont merveilleux, mais Milky State est selon moi un cran au dessus. Plus jazzy, plus original dans la composition des tracks, plus cool et smooth, son album étiqueté du mois de septembre est une petite merveille !

45. Illogic – A Man Who Thinks With His Own Mind

Illogic se fait trop discret car selon moi le gars de Columbus est une des meilleures choses qui soit arrivée au hip-hop et son Celestial Clockwork de 2004 est un de mes classiques. 2016 aura vu son retour avec une extraordinaire compilation de raretés et cet album. Illogic y étale encore une fois sa maîtrise du verbe, sa dextérité bluffante et son flow fluide et naturel presque spoken word tellement c’est facile pour lui. On écoute ça les oreilles écarquillées de bonheur surtout que les productions de Tha Sound Cultivator alambiquées, non-linéaires et très personnelles sont du même acabit ! Immense !

44. Sach – fiDELITY

Encore un retour en forme pour un valeureux ancien du rap jeu d’en dessous ! Car, qu’on se le dise, Sach 5th Ave de 2004 sorti avec Omid est un petit chef d’œuvre, mais honteusement, j’avais un peu perdu de vue ce bon vieux Sach… Toujours dans sa veine jazz-rap hautement qualitative, fiDELITY est cool de chez cool !

43. Nacho Picasso – AntiHero Vol. 1

Des années qu’on suit Nacho Picasso ici, avec Blue Sky Black Death ou pas, son coté thug de l’intelligentsia du hip-hop est passionnant et a créé un véritable personnage de comics dans toute son épaisseur, mais le voir avec Blvck Lvgoon et Harry Fraud, je me suis dis aie aie aie, ça passe ou ça casse… Hé ben, ça passe ! Nacho Picasso n’a jamais été aussi méchant et son flow froid et piquant atteint même des sommets de sang congelé ! Naviguant entre trap et cloud-machin souterrain, le truc est spectralement parfait, Nacho Picasso est sublime dans sa méchanceté et Blvck Lvgoon ou Harry Fraud ont compris qu’il fallait lui donner tout l’espace négatif pour que l’emcee puisse se vautrer dans le stupre !

42. Jungle Brown – Flight 314

Smooth, cool, ultra-smooth, ultra-cool, intelligent, malin, délassant et bonnard à souhait, voilà du boom-bap anglais à la bien mais version Native Tongues ! On le sent, les gars de Jungle Brown ont été biberonnés au miel de valeureux anciens, Digable Planets, A Tribe Called Quest et Arrested Development en tête, des groupes qui évoquent pour moi l’espoir, l’espoir d’un monde plus cool, les Jungle Brown en reprennent le flambeau et ça lave !

41. J-Zone – Fish-n-Grits

Le maître compositeur fait partie des artistes les plus sous-évalués de l’histoire du hip-hop. On a tendance à oublier son Pimps Don’t Pay Taxes de 2001 qui selon moi est du même niveau que les sorties des Cannibal Ox, des Typical Cats, d’Aesop Rock, de Buck 65, des Dilated Peoples ou d’Antipop Consortium de cette même année. Enfin bref J-Zone est un grand qui continue à être qualitativement actif et ce Fish-n-Grits fait de collages et de flows ravageurs en est la preuve !

40. Hus Kingpin & SmooVth – H.N.I.C. : Hempstead Niggas In Charge

Les deux Tha Connection sont de retour et c’est une sacrée bonne nouvelle pour nos oreilles ! Hus Kingpin et SmooVth avaient scotché tout le monde en 2013 (pfffiou, ça passe vite…) avec un Strive aussi indispensable que jubilatoirement et sombrement boom-bap east-coast. Depuis plein de projets solo (toujours bons, notamment cette année le SS96J de SmooVth), mais aucun réel projet commun du binôme de Long Island… Mais voilà ce truc et c’est la banane ! Le son de la côte Est est là, peut-être moins minimal dans les productions que sur Strive, avec une variété d’ambiances allant du caniveau à des trucs plus aériens, mais le résultat est toujours archi-bonnard ! Niveau flow, Hus, SmooVth (et toute la clique de The Winners) connaissent leurs fondamentaux sur le bout des doigts, leurs rimes sont réfléchies et sans superflu, les Tha Connection ne font pas dans la démonstration, ils vont à l’essentiel… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça fonctionne et que les deux ensemble, c’est de la dynamite !

39. Junclassic & Wun Two – Better Than Fiction Too

L’ancien des Monsta Island Czars avec un producteur allemand, sur le papier ça donne envie ou du moins, ça aiguise la curiosité et pas que sur le papier puisque Junclassic et Wun Two, c’est du feu ! Boom-bap moderne, smooth hybride, transpiration cool, productions classieusement alambiquées et puis y’a Billy Woods, Hus Kingpin et Dominique Larue dedans ! Gros haut !

38. MC Gels – Wandering Souls

Attention ! Petite merveille en provenance directe du Bronx ! Comme sorti d’un rêve Golden Age, MC Gels surclasse la concurrence dans ce style néo-90’s si particulier ! Au menu : lyrics classieux, nonchalance et technique, beats parfaits, échantillonnages jazzy version Primo belle époque et puis il y a ce petit quelque chose qui fait les grands albums ! Bien sûr, on pense au début de Joey Bada$$ et ça positionne ce Wandering Souls bien haut !

37. Autopsy – Savage Planet

2016, l’année de San Diego et du Red Lotus Klan ? Assurément ! Le crew Masters of The Universe est ressorti des limbes, Autopsy est de retour, l’emcee qui avec Odessa Kane avait commis Civil War, une boucherie pas encore estampillée Red Lotus Klan mais qui présageait ce Savage Planet. En terme de violence urbaine à la Billy Woods, on ne fait guère mieux, le flow saccadé d’Autopsy colle admirablement aux compositions lyriques et rythmées de Scvtter Brvin et l’uppercut en pleine face fait mal !

36. The Kleenrz – Season Two

The Kleenrz, c’est Self Jupiter au micro (Freestyle Fellowship, Project Blowed ou Hellfyre Club comme pedigree) et Kenny Segal à la manoeuvre et là c’est la suite du projet de 2013 entre les deux gars ! Le résultat est claquesque : des beats fous et intelligents de Kenny Segal que je n’attendais pourtant pas aussi efficace dans un projet aussi dark, un flow qu’on aime (Self Jupiter quoi !) et des feats bien bien goûtus, Del, Busdriver, Sach, Abstract Rude, Myka9, Awol One, Grouch, Eligh, bref n’en jetez plus, l’album est grand de chez grand !

35. Mr. Lif & L’Orange – The Life & Death of Scenery

2016 sera l’année de la fin d’hibernation pour Mr. Lif, car après un très très gros Don’t Look Down, c’est une nouvelle pépite que nous livre la légende de Boston ! Épaulé cette fois-ci par le toujours excellent L’Orange à la production, l’emcee claque un The Life & Death of Scenery comme une dystopie où l’art ne serait plus nécessaire au monde, une vision légèrement paranoïaque mais pas si inimaginable que ça… Niveau hip-hop, on est tout en haut ! Le travail de L’Orange toujours aussi délicieusement vintage ici version rétro-futurisme des années 60 ; Mr. Lif rehausse l’affaire avec son flow toujours aussi précis et athlétique et des feats à faire baver : Akrobatik, DJ QBert, Insight, Gonjasufi ou Chester Watson !

34. Ocean Wisdom – Chaos 93′

Tout ce qui sort chez les Anglais d’High Focus est fondamentalement et obligatoirement intéressant et ce Chaos 93′ ne déroge pas à la règle. Les productions, unilatéralement signées par Dirty Dike qu’on kiffe ici, confirment l’axiome : c’est le haut du panier ! On flotte dans la brume entre classicisme hip-hop britannique et beats bien plus lourds sur lesquels Ocean Wisdom explose littéralement tout ! Son flow techniquement et athlétiquement parfait est un modèle du genre et Chaos 93′, le mètre-étalon de la dinguerie anglaise actuelle !

33. Aesop Rock – The Impossible Kid

Labor Days a 15 ans, et 15 ans que je vénère ce type… The Impossible Kid amène encore une pierre à l’immense château de l’Américain et Aesop Rock lâche encore un album épais et ambitieux comme à son habitude. Fouillé et pointu, fait de beats massifs et aventureux, de breaks finement sentis, de claviers rétro-futuristes et oppressants et surtout d’un flow rentre-dedans, mobylette et intelligent, ce nouvel Aesop Rock est un monument à son image !

32. Unsung – Young Man

Cela fait un moment que j’attendais LE vrai grand album d’Unsung, un truc qui mette tout le monde d’accord, j’y croyais, je savais qu’il allait le faire et bien le voilà ! Non pas que sa discographie soit mauvaise, loin de là, elle a même plutôt de la gueule, The Paint, You Will Face Seven Beasts ou Beast Tape sont par exemple des merveilles FakeFouriennes, mais le hip-hop délicat et brumeux du gars de Morgantown est ici à son sommet. Young Man se situe quelque part entre de l’alt-rap fait-maison avec son côté acoustique parfois chanté et du pur abstract hip-hop avec sa prise de risques et quelques odeurs cloud. A ça, on peut rajouter que le flow d’Unsung n’a jamais été aussi bon et immersif, il me fait d’ailleurs de plus en plus penser à un Jeremiah Jae mélancolique. Mais ce qui fait la différence selon moi, c’est ce côté humain et la dimension introspective de chaque titre est admirable ! Résultat : le coup est gagnant !

31. Short Fuze & Uncommon Nasa – Autonomy Music

Après Cold War Era et surtout Halfway l’année dernière, Uncommon Nasa revient avec un excellentissime Autonomy Music, un LP dont il est le producteur et où il a laissé le micro à Short Fuze. Résultat gagnant, très dans les sonorités authentiques du New-York du début des années 2000, Antipop Consortium en tête, un grand album, réussi et archi-trippant et en plus y’a Curly Castro sur une piste !

30. Dillon & Paten Locke – Food Chain

Fils des Native Tongues et du hip-hop positivement bonnard, les deux Ricains développent un album archi-réussi porté par le flow maîtrisé et technique de Dillon et les productions anti-2.0 et gigotantes de Paten Locke (si ça te plaît, il faut écouter Clean Plate Club Vol. 1 aussi) ! Excellent et revigorant !

29. Pruven – Dark Light Tablets

Voir Pruven produit par Scvtter Brvin, patron du Red Lotus Klan, c’est juste monstrueux ! Pour faire simple, c’est juste un LP avec un de mes rappeurs préférés, bien east-coast, bien froid et athlétique, avec le producteur de l’année, bien underground, bien dans les sonorités que j’aime et ayant sorti une collection de pépites impressionnantes en 2016. En janvier, il y a donc eu ça et rétrospectivement c’est assurément une des meilleures sorties hip-hop de l’année ! Méchante, avec une patate de dingo ! Si tu ne bouges pas la tête, c’est que tu as une minerve, rien que ça !

28. Yikes the Zero – The Animal Box

En bon touche-à-tout du hip-hop, Yikes the Zero a non seulement écrit mais il a aussi produit l’album entier et l’œuvre est immense ! The Animal Box fait dans le hip-hop expérimental, mais il est avant tout singulier et archi-aventureux, un peu à la manière d’un Milo hybridé avec L’Orange ou Edan et porté par un flow monocorde à la Jeremiah Jae. Attention, n’ayez pas peur, l’affaire est abstraite mais facile d’accès et c’est justement là où réside le grand art ! Tirant ses sons à partir d’un éventail de boucles assez dingue aux influences immersives et variées (du cartoon pour gamins aux films d’épouvante), la texture de l’essai est saisissante ! Le rendu sonne finalement assez spectral ou plutôt fantomatique, mais pas pour le côté flippant du terme, plutôt par le côté nostalgique d’une autre vie ou d’une enfance perdue. L’emcee/producteur philadelphien réussit à allier créativité et subtilité, et c’est méchamment bien ! Grand et même plus que grand !

27. Willie Green – Doc Savage

Doc Savage, c’est une plongée dans l’underground qu’on kiffe depuis une petite dizaine d’années, une véritable messe dédiée à l’art de hip-hop d’en dessous avec comme maître de cérémonie un Willie Green en passe de devenir mon producteur préféré ! Son génie du crescendo, de la spirale rythmique, de l’innovation, du détail sont sans commune mesure avec le reste du monde. Ses travaux avec Billy Wood, Elucid, le Backwoodz Studioz et d’autres sont juste des monuments de complexité et de puissance maîtrisée, Doc Savage ne déroge pas à la règle. Willie Green y a invité ce qu’on fait de mieux : Open Mike Eagle, Milo, Uncommon Nasa, Curly Castro, Denmark Vessey, Has-lo, Brzowski, Henry Canyons, Elucid, Billy Woods et même les deux derniers ensemble sous le blase d’Armand Hammer, je ne cite pas tout le monde tellement j’ai les yeux qui pleurent ! Il y a prise de risque mais toutes ces combinaisons fonctionnent : Willie Green connaissant par cœur le style de chacun, il les sublime en les poussant dans leurs retranchements et puisque chaque pièce a un caractère singulier, l’album en devient unique, ambitieux et finalement un des trucs les plus incroyables que j’ai écoutés cette année !

26. Danny Brown – Atrocity Exhibition

Voilà un album chargé d’électricité, et déboulant de nulle part arrive un flow criard à mi-chemin entre le dirty south et le chant possédé d’Howlin’ Wolf. Comme d’hab’ avec Danny Brown qui ne loupe pas grand chose, oui, mais là il y a ce petit supplément d’âme, car ce n’est pas dans le hip-hop qu’on pourra trouver une comparaison pertinente à cet album mais bien dans la ville de son auteur : Detroit. Atrocity Exhibition est le rejeton d’une lignée qui commence avec le MC5, les Stooges (des deux premiers albums, hein !) et passe par son contemporain Mick Collins. Outre la furieuse pagaille organisée et jouissive, on retrouve ce même dynamitage de la musique qui en extrait la substantifique moelle. Le rap de Danny Brown, c’est de la pâte à modeler préparée façon gumbo, qui nécessite quelques écoutes pour révéler toutes ses richesses, mais qui régale !